Gwénaëlle Mainsant
Dans un contexte de politisation des questions sexuelles, cet article explore les raisons pour lesquelles la sexualité (envisagée en termes de désir et de plaisir) peine à se construire comme problème professionnel dans les pratiques de soin gynécologique. Partant de l’énigme d’une discipline gynécologique focalisée sur la santé reproductive des femmes mais pour laquelle la santé sexuelle reste marginale, j’ai mené l’enquête auprès des professionnelles (gynécologues, médecins généralistes, sages-femmes) qui développent un souci de la sexualité. Je montre que la prise en charge de la sexualité a un coût moral. C’est un objet professionnel illégitime, complexe à faire exister dans la pratique médicale, qui éloigne des carrières les plus nobles. De surcroît, c’est un objet contaminant impliquant pour ces professionnelles le risque d’être perçues comme des personnes ayant des problèmes sexuels, induisant aussi une confusion entre soin sur la sexualité et travail du sexe. Enfin, c’est une mise à l’épreuve intime pour ces professionnelles car cela les expose de manière répétée et structurelle aux violences de genre générant des formes d’épuisement moral – le souci de la sexualité se révélant être avant tout une prise en charge des violences sexuelles.