Politisations comparées et mobilisations

Équipe : Catherine Achin, Éric Agrikoliansky, Ranime Alsheltawy, Stéphanie Archat, Samuel Bouron, Hugo Bouvard, Constance Cheynel, Margherita Crippa, Marion Demonteil, Kevin Geay, Jérôme Heurtaux, Choukri Hmed (responsable), Camille Herlin-Giret, Alban Jacquemart, Brigitte Le Grignou, Pierre Lefébure, Gwénaëlle Mainsant, Nicolas Poirel, Sabine Rozier, Stepan Vasilenko

Le programme « Politisations comparées et Mobilisations » rassemble les chercheurs, enseignants-chercheurs et doctorants de l’IRISSO qui ont pour objet d’explorer, par des enquêtes de terrain ethnographiques et/ou des enquêtes statistiques, les processus de politisation des individus et des groupes ainsi que la dynamique des mobilisations collectives dans des contextes et des espaces variés (France, Tunisie, Allemagne, Turquie, Égypte, Russie, etc.). Les recherches engagées dans ce programme au cours du prochain quinquennal s’articulent autour de trois grands ensembles de projets. Les premiers s’intéressent aux processus par lesquels les agents sociaux confèrent un sens politique à leur situation et entretiennent un rapport proche ou lointain au champ politique ainsi qu’à ses agents, notamment en période d’élections. Les seconds prévoient d’explorer les modalités différenciées, selon les contextes nationaux, spatiaux et temporels, de la participation des agents aux institutions représentatives, à des mouvements contestataires ou à des processus de crise politique et à la façon dont ils tentent d’inscrire leurs préoccupations sur l’agenda public et s’efforcent de peser sur les conditions de mise en œuvre de l’action publique. Le troisième ensemble de recherche accordera une attention particulière aux recompositions du personnel politique et aux modalités de formation des règles du jeu politique en contexte démocratique et de changement de régime.

Politisations et élections

Pour les travaux relevant de la sociologie électorale, les objectifs pour les cinq prochaines années s’inscrivent dans le cadre du projet ANR ALCoV (« Analyses Localisées Comparatives du Vote »), amorcé en septembre 2016 et coordonné par l’IRISSO. Ce projet associe une trentaine de chercheurs appartenant à cinq laboratoires (le laboratoire coordinateur du projet, l’IRISSO – UMR 7170 – rattaché à l’Université Paris Dauphine/PSL ; le CESSP-UMR 8209 – EHESS et Université de Paris 1 ; le CHERPA – EA 4261– IEP d’Aix-en-Provence ; le CRESPPA – UMR 7217 – Universités Paris 8 et Paris-Ouest Nanterre ; le CURAPP-ESS, UMR 6054, Université Picardie Jules Verne). Les recherches engagées dans ce projet entendent, dans le prolongement de la publication de deux ouvrages collectifs (Les Sens du vote 2016, L’Ordinaire du politique 2016), poursuivre l’analyse de l’encastrement social des rapports au vote, en mettant plus particulièrement la focale sur la manière dont les réseaux de sociabilité (amicaux, de voisinage, associatifs ou encore de travail) façonnent l’appréhension du monde social environnant et le rapport au politique. En ce sens un dialogue fructueux s’établira avec les recherches de l’axe 1 qui portent sur les mutations du travail et de l’entreprise, cadres autrefois prépondérants de la socialisation politique dont il faut aujourd’hui réévaluer le poids et les effets.

Parmi les objectifs pour 2017-2018 : la fin des opérations de recherche menées sur les électeurs et élections de 2017 (dernière vague d’entretiens panélisés avec les électeurs, fin de l’enquête auprès des candidat.e.s aux élections législatives) ; le traitement des données récoltées au cours du printemps et de l’automne 2017 (codage et traitement des questionnaires, analyse des entretiens, etc.). Plus généralement l’objectif est de mettre en place avec les partenaires associés au projet ALCoV les modalités d’une collaboration collective régulière qui permettent la production d’ouvrages et d’articles scientifiques restituant les résultats de l’enquête menée en 2017 et leur valorisation dans les espaces scientifiques nationaux et internationaux (participation à des séminaires, colloques, congrès, etc.). Des chercheurs poursuivront leurs recherches sur la politisation des étudiant-e-s au sein du collectif SPEL (Sociologie Politique des Elections). Ils travailleront à partir de données quantitatives sur les différences entre étudiants et étudiantes en matière de compétence politique, interrogeant à la fois les recompositions de ces dernières mais aussi la possibilité même d'une lecture genre du concept de compétence politique.

Enfin, par l’analyse des données qualitatives et quantitatives collectées dans les enquêtes « Médias-Election » sur les pratiques de suivi des campagnes électorales présidentielles et les processus de formation des préférences liés à l’exposition aux campagnes, des travaux complémentaires continueront d’être développés sur les différences de sensibilité des acteurs à la conjoncture selon leurs formes de rapport au politique.

Mobilisations comparées

Les projets qui explorent les mobilisations comparées portent, de façon novatrice, sur l’interaction entre mobilisation et action publique ainsi que sur les processus de désengagement et de reconversion des capitaux dans des contextes variés.

Un premier projet entend poursuivre l’exploration de la politisation du genre à travers l'engagement féministe et la mise en œuvre de politiques d'égalité des sexes. Il s’agit en particulier de s’intéresser aux processus de politisation individuelle et/ou collective opérés par la prise en charge professionnelle des enjeux d'égalité des sexes. Le projet entend notamment explorer différents dispositifs d’action publique confiant la conduite de politiques d’égalité professionnelle à des fonctionnaires non spécialistes de ces thématiques pour interroger ce que l'action publique produit à celles et ceux chargés de leur mise en œuvre.  Dans la même veine, et dans la continuité des recherches engagées, au cours des années 2014 à 2017 (co-organisation ST11 congrès Lausanne Cospof 2015 et GT 27 Congrès AISLF Montréal 2016 ; PhiLab de Montréal), l’analyse des mobilisations en faveur de la cause « philanthropique » sera poursuivie. Ces mobilisations seront appréhendées comme un levier de contestation, par les élites économiques et sociales, de la légitimité de l’action étatique. L’analyse portera plus particulièrement sur les porte-parole des intérêts des fondations, les intermédiaires et courtiers, la régulation étatique des activités philanthropiques et la mise en œuvre de « politiques publiques privées » par les fondations. Un séminaire conjoint IRISSO / Cresspa-LabTop de Paris 8 est envisagé en 2018 sur cette question afin de permettre la structuration d’un réseau pouvant répondre à des appels à projets et participer à des rencontres internationales.

Un second projet s’intéresse aux processus de recomposition des partis radicaux en Europe comme dans le monde arabe. Deux recherches sont prévues. La première concerne le désengagement des partis de la gauche radicale et révolutionnaire en Tunisie dans le contexte postrévolutionnaire, ainsi que les modalités de reproduction de l’autoritarisme au sein de ces partis qui affichent pourtant une idéologie participative et démocrate. De façon similaire et comparative, on explorera les modes de construction, de diffusion et de réception des discours d'extrême-droite dans les médias européens. Ces enquêtes se situent aussi bien du côté des producteurs des éléments de communication, par l'observation de la façon dont les militants se professionnalisent en matière de communication, que du public qui entretient un rapport plus ou moins distant à leurs discours.

Sociologie comparée des carrières politiques

En ce qui concerne les recherches sur la sociologie des carrières politiques, des chercheurs du programme participent à différents projets de recherche. Ils font partie de l’équipe française de deux projets de recherche internationaux concernant l’évaluation des effets des dispositifs d’égalité entre les sexes dans différents pays.

Le premier se concentre sur les effets des pénalités financières sur le recrutement politique (« Money Talks: Gendered Electoral Financing in Democratic and Democratizing States. Comparison of France, UK, Kenya and Malawi »). Le second traite des effets concrets des dispositifs d'égalité dans différentes sphères (GENDER EQUALITY POLICY IN PRACTICE PROJECT (GEPP) », dirigée par Amy Mazur (Univ. of Washington).

Une autre grande enquête collective est consacrée à la sociologie politique du gouvernement en France (Atelier Idex TEPSIS), elle consiste en analyse du travail gouvernemental appuyée sur la sociographie des membres des cabinets ministériels et des gouvernements (2012-2014) et le suivi de la fabrication des projets de loi.

Enfin, un troisième projet concerne l’analyse des carrières politiques en situation de transition politique. Le cas tunisien constitue de ce point de vue un cas d’école, récemment nobélisé et célébré par la communauté internationale. La recomposition des élites politiques s’est accélérée à la suite des situations révolutionnaires de 2010-2011, des élections de 2011 et de 2014 ainsi que des mutations profondes des champs politique et militant. Le renouvellement des élites politiques (victoires électorales du parti islamiste Ennahda, constitution de partis “attrape-tout”, formation d’alliances parlementaires et électorales…) se prête ainsi à des analyses de séquence et prosopographiques particulièrement fécondes. Une partie de ce projet s’inscrit dans le cadre du programme ERC Tarica (« Political and socioinstitutional change in North Africa : competition of models and diversity of national trajectories ») piloté par l’UMIFRE IRMC (Tunis) pour la période 2017-2020 et porte sur les trajectoires post-révolutionnaires des cadres de l’ancien régime, le processus de justice transitionnelle et les rapports histoire-mémoire en Tunisie.