Langages, communication et politique

Equipe : Renaud Dorandeu, Marc Glady, Hervé Glévarec, Pierre Lefébure, Pascale Mansier, Dominique Mehl, Philippe Riutort, Valérie Sacriste, Claire Sécail, Pelin Unsal, Isabelle Veyrat-Masson (responsable).

Le programme LCP (Langages, communication et politique) convoque plusieurs disciplines (histoire, information-communication, linguistique, science politique, biologie…) pour étudier le rôle que les médias jouent dans l’espace public, domaine scientifique développé à part entière de manière interdisciplinaires sous le nom de Media Studies chez les anglo-saxons et dans divers autres contextes académiques nationaux.

Le programme LCP développe une approche historique et politique des médias, il étudie les événements récurrents comme les élections, controverses scientifiques ou soudains comme les guerres ou les attentats par exemple… Il étudie également des phénomènes sociologiques et réalise des travaux portant sur la constitution des imaginaires et des représentations sociales. Il traite aussi des problématiques ayant trait aux conséquences des biens culturels et médiatiques sur les pratiques, les valeurs, les identités et les organisations.

Cultures et savoir

Ce programme rassemble des chercheurs travaillant à l'étude des productions, des pratiques dans le domaine de la culture et des médias (séries TV, images mobiles, réseaux sociaux, …) et à l'étude des controverses dans le champ de la science et de la santé, aux processus d'information et de diffusion des savoirs autour des questions sociales fondamentales (euthanasie, autisme, pesticides, etc.), aux relations entre les acteurs (politiques, scientifiques, journalistes, industriels) et les citoyens.

Le domaine des recherches en culture rassemble des chercheurs travaillant sur des objets et des problématiques ayant trait aux biens culturels et médiatiques en termes de pratiques, de valeurs, des identités et d'organisations. Il s'agit de tirer les conséquences sociologiques et théoriques de la montée en puissance des industries culturelles sur la reconfiguration des pratiques de consommation culturelle, de mobilisations politiques et d'expression de soi et des opinions. A des terrains d'intérêt anciens que sont les média radio (enquête financée par le ministère de la Culture), télévision, presse, et la culture, se sont ajoutés les univers numérique et internet. Un séminaire annuel « Médiacultures » est organisé.

Un ensemble de chercheurs travaillent sur les pratiques culturelles, à savoir les goûts culturels et les jugements esthétiques, mais aussi sur les pratiques de participation et l'amateurisme. Les séries télévisées, par exemple, font l'objet d'un intérêt spécifique (réseau international S.E.R.I.E.S.) ainsi que le documentaire télévisuel. La musique est un objet d'étude quantitative et qualitative. Les pratiques créatives des jeunes adultes développées sur Internet, l'intégration du numérique dans le domaine littéraire (écriture, médiatisation, littérature numérique) et la prescription culturelle (outils actuels et nouvelles autorités) sont des terrains d'enquête.

Un ensemble de chercheurs travaillent sur le terrain de la production et de la circulation de l'information, dans les médias traditionnels (BBC) et au sein des médias spécifiquement électroniques et les réseaux sociaux et sur le terrain de la production artistique (art et internet). Des travaux sont aussi menés sur l'histoire de l'innovation technique, ainsi que sur l'insertion des TIC dans l'administration publique. Une enquête sur les représentations du métier de journaliste est en cours en relation avec les écoles de journalisme en France, dont l'Institut Pratique du Journalisme (Dauphine). Des travaux sont menés sur les débats autour de l'expertise journalistique et scientifique qui sont apparus avec l'émergence d'internet et sur les formes de participation et de médiation qu'ils offrent.

L'espace public de la santé et la médiatisation de la santé forment un ensemble de recherches tournées vers la manière dont la publicisation de la santé est révélatrice des tensions entre les acteurs mobilisés par l'exercice de la médecine, la recherche, des scientifiques aux pouvoirs publics, en passant par les malades et de la place qui leur est accordée dans les médias (presse écrite, radio, télévision internet). Présente dès le début de la télévision, représentée et honorée dans des émissions qui lui sont consacrées dans les années 50 à 60, la santé a par la suite diffusé dans les émissions de société à partir des années 80, accordant une place plus importante aux témoins, alors que les premiers magazines de santé servaient essentiellement de faire valoir aux médecins et aux progrès thérapeutiques et techniques.

La santé se diffuse également dans le domaine public en empruntant des mots de la psychiatrie (parano, autiste, psycho..).  Explorer la façon dont un lexique issu originellement de la psychiatrie envahit les discours ordinaires permet d'identifier les termes susceptibles de circuler ainsi d'un lexique psychiatrique ésotérique à des arènes ouvertes (grands médias, conversation quotidienne …).

Médias et démocratie

Les projets qui portent sur les médias et la communication comme facteurs de fonctionnement des systèmes politiques se déploient dans une perspective interdisciplinaire (science politique, histoire, sociologie, analyse de discours, etc.) en se concentrant sur des recherches empiriques sur les médias audiovisuels et, plus généralement, sur la place des images et leurs enjeux politiques dans les sociétés contemporaines. Sont ainsi étudiées les conditions de production des discours ou des images, l’observation de ces contenus mis en récit ainsi que leur réception par les publics, le plus souvent en mobilisant une approche comparée, soit s’agissant des supports médiatiques (presse, radio, TV, réseaux sociaux), soit en faisant intervenir des jeux d’échelles en termes de temporalités et de cadres nationaux en traitant, outre le cas de la France, des cas tels que le Chili, le Royaume-Uni ou l’Allemagne en lien étroit avec des collègues de ces pays. Enfin, une mise en contexte historique rigoureuse et une approche longitudinale des objets constituent une dernière stratégie de recherche essentielle de ces travaux.

En termes d’objet, les projets portent sur la professionnalisation du domaine de la communication politique, les cultures journalistiques (pratiques, sociabilités, représentations) liées à la vie politique dans ses aspects institutionnels et personnels (réputation, « peopolisation »), l’exploration des réseaux numériques d’affiliation et d’expression politique, l’organisation argumentative du discours politique, la régulation du pluralisme politique dans les médias, la médiatisation des événements (faits divers, attentats terroristes, mémoires des guerres et des conflits, commémorations, etc.) et leurs représentations. Ces problématiques de recherche sont traitées d’une part dans les contextes de campagnes électorales (présidentielle, municipales, etc.) et, d’autre part, dans le cadre du fonctionnement des institutions et de la pratique du pouvoir.

Tous les cinq ans, le projet « Médias-Election » couvrant différents terrains de recueil de données sur la communication, les médias et la réception citoyenne lors des campagnes présidentielles a été développé depuis 2007 avec diverses sources de financement et sera poursuivi en 2022 en recherchant le cadre financier le plus approprié possible ainsi que l’articulation avec les projets « Politisations et élections » du programme Politisations comparées et mobilisations. Les coopérations déjà engagées sous la forme de dispositifs d’enquête communs ou partagés continueront d’être développées avec les partenaires scientifiques tels que le CEVIPOF (Sciences Po / CNRS) et le CEDITEC (Université Paris-Est Créteil). Parmi les principaux objectifs de recherche figurent l’approfondissement de l’étude de la sensibilité des électeurs à la conjoncture de campagne, le développement de l’étude des meetings électoraux comme objet de mobilisation, de médiatisation et de structuration du cours de la campagne ainsi que la mise à l’épreuve du concept d’« identité stratégique » comme lien entre la propagande politique, le traitement médiatique et les mécanismes de perception de l’offre politique par les électeurs.

Financé dans le cadre du dispositif PICS (CNRS), le projet « Télévision, pluralisme et élections. Approches comparées des campagnes présidentielles en France et au Chili » est développé en 2016-2018 et doit se prolonger par une coopération approfondie associant convention et nouveau cadre de financement. Un premier volet est consacré aux mécanismes de régulation et aux processus d’expression du pluralisme politique. Les élections présidentielles de 2021 au Chili et de 2022 en France seront des moments importants de développement de l’enquête sur ce point. Un second volet concerne les facteurs structurants et les stratégies de relation entre journalistes et président.e dans les situations d’interview télévisé à partir de l’élaboration d’une grille d’analyse inédite. Le terrain d’enquête initialement développé durant les mandats de Michelle Bachelet (2013-2017) au Chili et de François Hollande (2012-2017) en France seront complétés l’étude des nouveaux mandats qui commencent en 2017. L’élargissement à l’analyse des situations d’interview dans d’autres pays sera engagé.

Le projet « Sensibilité au traitement télévisuel du terrorisme » (SENSI-TV-T), développé en 2016-2017 à partir du financement obtenu auprès de l’appel Attentats-Recherche du CNRS et portant sur les contenus télévisuels et leur réception, sera développé en partenariat avec les collègues développant des enquêtes très complémentaires sur l’impact social du terrorisme au sein de l’ISSP (Université Paris Ouest / CNRS), notamment par la soumission de réponses à des appels à projets nationaux et internationaux. Les objectifs concernent notamment la caractérisation des aspects émotionnels du traitement médiatique dans une perspective comparative et les aspects normatifs de l’évocation des populations sensibles (confession religieuse, zone d’habitation, position de victime, etc.). Les terrains d’enquête seront progressivement élargis au-delà des cas des attentats de janvier 2015 et du 13 novembre 2015.

Enfin, de manière transversale à ces projets, seront poursuivies et approfondies les coopérations d’expertise et d’accès à des données inédites et exclusives avec des partenaires institutionnels tels que les médiateurs de l’information de France 2 et de France 3 et le Conseil supérieur de l’audiovisuel.