Sociologie politique de l'économie

Equipe : Nicolas Belorgey, Marlène Benquet, Yuri Biondi, Jacques-Olivier Charron, Mickaël Ciccotelli, Quentin Deforge, François-Xavier Dudouet, Quentin Dufour, Vincent Gayon (responsable), Guillaume Gentile, Thierry Kirat, Paul Lagneau-Ymonet, Benjamin Lemoine, Dominique Méda, Sabine Montagne (responsable), Horacio Ortiz, Jean-Marie Pillon, Samuel Pinaud, Bénédicte Reynaud, Bruno Théret.

Les recherches menées dans le programme "Sociologie politique de l'économie" étudient les ordres institutionnels et les agents sociaux qui produisent, ou pèsent sur, les politiques économiques et sociales et participent à la structuration du capitalisme. L'organisation sociale des dirigeants économiques, la production des catégories d'entendement économique dominantes, ou la fabrique des politiques économiques et des processus de financiarisation retiennent par exemple l’attention des membres de SPE. La pratique pluridisciplinaire sera reconduite en ayant recours à l’histoire, l'économie, le droit et la comptabilité pour étayer l'analyse sociologique et politiste de l’économie. La perspective généalogique, souvent employée, vise à dégager les conditions de possibilité de ces politiques tandis que l'étude des transformations des institutions et des circulations des agents donne à voir les processus socio-historiques et socio-techniques au fondement de la longue transition de l’ordre économique et politique keynésien vers le néolibéralisme.

Morphologie sociale des élites économiques

Les recherches rassemblées sous cette thématique partagent le souci d'enquêter sur les milieux d'affaires en étudiant la morphologie des groupes sociaux qui dirigent les organisations économiques. Les travaux en cours sur l'évolution des milieux d’affaires en France et en Europe et sur la comparaison internationale des élites économiques seront poursuivis au moyen de l'analyse de réseaux, de l’analyse géométrique des données et de l’analyse séquentielle sur base de données à caractère prosopographique comportant plusieurs milliers d’individus et d’institutions, ainsi qu'au moyen d'entretiens et d'archives. Un nouveau projet vise à étudier les connections politiques des entreprises (rapports avec les autorités politiques, les administrations et les pouvoirs locaux) à partir d'une comparaison franco-canadienne. Un deuxième projet entend objectiver les réseaux transnationaux des accords commerciaux internationaux, dans le cas du CETA (Accord Économique et Commercial Global) et de l’AMI (Accord multilatéral sur l’investissement). Un troisième projet vise à objectiver les stratégies des élites en rapport avec les transformations de l'État social (retraites, assurance-maladie).

Les qualifications et les quantifications de l'économie

Une autre façon d'aborder la fabrique des phénomènes économiques consiste à enquêter sur la production des principales catégories d'entendement utilisées par les agents. De leur genèse à leur institutionnalisation, en passant par leur interprétation et leur paramétrage au quotidien, les outils cognitifs, organisationnels et institutionnels qui équipent les agents sont eux-mêmes produits et utilisés dans des conditions et selon des carrières qu'il convient de retracer. Les travaux en cours autour des critiques du PIB et de la production d'indicateurs alternatifs de richesse se poursuivront notamment dans le cadre de la chaire « reconversion écologique, travail emploi, politiques sociales » et du « Forum pour d'autres indicateurs de richesse » (FAIR). La quantification du chômage sera étudiée grâce à deux enquêtes. L'une vise à suivre la constitution d'un « espace de commune mesure » via l'harmonisation des statistiques du chômage dans la zone OCDE, à partir d'archives originales nationales et internationales. L'autre entend retracer l'histoire de la statistique anglaise du chômage pour en interroger le contraste avec les histoires allemande et française. La question de la concurrence sera débattue avec une histoire économico-juridique du Sherman Act, la loi anti-trust américaine, en reconstituant les débats économiques, juridiques et politiques pour restituer la défiance politique à l’égard de la concentration des pouvoirs économiques. Enfin, l'analyse des techniques et instruments qui contribuent à l’attribution d’une valeur – comptable, marchande, financière et morale – aux États sera menée à partir du cas des engagements de dépense publique liés aux partenariats publics-privés (PPP).

La financiarisation

Le secteur financier, objet d'étude commun, est approché selon trois entrées principales. Une première entrée consiste à collecter les données sur les professionnels financiers et les transactions qu'ils organisent, qu'il s'agisse des intermédiaires financiers parisiens de la fin du XIXe siècle, des fonds d'investissement français depuis les années 1980, ou des conseillers en fusion et acquisition réalisant actuellement des transactions entre la Chine et l’Europe. La reconstitution des controverses publiques, dans le cas français, donnera à voir la construction de la légitimité des modes et de l’ampleur de l’accumulation de capital réalisée par ces fonds d'investissement. La recherche en cours sur l’investissement transfrontalier à Shanghai, sera poursuivie pour proposer une conceptualisation du lien entre monnaie, territoire et pouvoir à partir des sens multiples des pratiques du « profit » et de l’« Etat ».

Outre l'étude des professionnels financiers et de leurs activités, un deuxième volet porte sur la réglementation de ce secteur. Les autorités de régulation, nationales ou supranationales, y sont appréhendées au travers de l'analyse de leurs principes réglementaires, de l'analyse lexicale de leur communication et discours, de leurs sanctions et des contestations qu'elles soulèvent. Ces travaux visent à explorer comment les notions usuelles de l'univers financier telles que transparence, contrôle, responsabilité et stabilité financières, aussi bien dans le secteur public que privé, sont produites et mises en circulation. On étudiera également les pratiques monétaires et financières du « premier âge keynésien » de l'OCDE à partir d'archives originales.

Enfin, un troisième volet s'intéresse aux effets de la financiarisation sur le reste de l'économie. La financiarisation des infrastructures publiques dans leur ensemble (hôpitaux, universités, prisons, collectivités locales, etc.) sera rapportée aux méthodes de comptabilisation, conformes aux valorisations qui ont cours sur les marchés financiers et qui inscrivent la « faillibilité » des États et services publics à la même enseigne que la faillite des entreprises privées. Dans le champ de la santé, on proposera une analyse statistique des liens entre les rachats des cliniques françaises par des fonds d’investissement et les manières de soigner. La question de la réversibilité de la politique économique, au travers de la restructuration des dettes publiques, sera également développée, en particulier en suivant le cas argentin. Enfin, un vaste projet a été lancé sur les causes et conséquences des réductions de poste dans les entreprises françaises sur la période 1996-2015, dans le but d'évaluer l'effet des réductions d’emploi sur les performances des firmes.