Curriculum vitae

Gayon Vincent

Maître de conférences
IRISSO

vincent.gayonping@dauphinepong.fr
Tel : 01 44 05 48 77
Bureau : B 613 bis

Publications

Articles

Gayon V. (2017), Incertitude structurelle, sens de l'acceptable et prescriptions politiques. Le "keynésianisme international" se débat à l'OCDE (1973-1978), Annales

Gayon V., Perret V. (2016), À propos de l'ouvrage de Virgile Perret, Monnaie et citoyenneté. Les citoyens à l'épreuve de la globalisation financière, Berne, Peter Lang, 2015, 380 p., Interventions économiques, 56, 3

Comment ne pas souscrire au programme de recherche ambitieux que Virgile Perret s'est donné dans cet ouvrage tiré de sa thèse de doctorat en science politique. L'auteur entend en effet relier par un même fil analytique différents domaines trop souvent disjoints et que diverses mobilisations citoyennes, bien avant la crise financière de 2008 et depuis, ont tenté de mettre au centre des discussions politiques : globalisation, monnaie, financiarisation, souveraineté, citoyenneté politique et sociale.

Gayon V. (2016), Writing, Prescribing, Prohibiting. Notes for a Sociogenetics of Bureaucratic Writing, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 213, 3, p. 84-103

La sociogénétique de l'écrit défendue dans cet article invite à saisir les écrits bureaucratiques en cours de fabrication et en action, à s'intéresser au modus operandi de leur énonciation, à prendre au sérieux la forme écrite comme produit et comme producteur d'un espace et d'une rationalité bureaucratiques donnés. L'écriture bureaucratique, en particulier grâce à la signature et la siglaison, est ainsi comprise comme carburant de dépersonnalisation des rapports sociaux qui la portent et simultanément de personnalisation des institutions, érigées en « auteur ». Dans la gestion documentaire de « l'officiel », par le marquage du document ou sa « fuite », se mettent au jour les tensions entre vie publique et vie privée de l'écrit et ses circuits de légitimation. La sociogénétique des rapports d'expertise donne enfin une prise efficace à une sociohistoire de la rationalité épistémocratique. La piste de recherche proposée incite donc à bousculer les couples d'opposition usuels d'une analyse des formes symboliques (internalisme/externalisme, texte/contexte, auteur/lecteur, émetteur/récepteur, officiel/officieux, public/privé) et à mettre en dialogue des courants d'études dispersés mais tous intéressés aux pratiques documentaires (l'anthropologie de la literacy, la génétique littéraire, la sociologie des champs de production culturelle, la sociologie des textes et des institutions).

The sociogenetics of writing developed in this article is an invitation to understand bureaucratic texts as they are being produced and "in action," as it were, to focus on the modus operandi of their utterance, and to take seriously the written word as both the outcome and the enabler of a given bureaucratic space and a specific bureaucratic rationality. In particular through signature and acronymization, bureaucratic writing contributes both to depersonalizing the social relations on which it is based and to personalizing institutions, which are elevated to the status of "authors." The documentary management of officialdom, through its classification or its leakage, sheds light on the tensions between the public and the private life of the written word and its circuits of legitimation. The sociogenetics of expertise practices also gives a concrete edge to a sociohistory of epistemocratic rationality. The research strategy that is proposed here consists in disrupting the traditional dichotomies of the analysis of symbolic forms (internalism vs externalism, texts vs context, author vs reader, sender vs receiver, official vs non-official, public vs private) and in putting in conversation fields that may be dispersed yet share an interest in documentary practices (anthropology of literacy, literary genetics, sociology of the fields of cultural production, sociology of texts and institutions).

Gayon V., Lemoine B., Gaïti B. (2014), Mise en ordre de l'économie, Politix, 1, 105, p. 3-5

Ce dossier questionne de front la notion d'« ordre économique », souventréduite à la figure du « marché » dans une bonne partie de la littérature économique. À partir de situations reculées ou plus contemporaines, les contributions décrivent les façons dont l'économie se trouve mise en ordre, c'est-à-dire façonnée comme un secteur autonome, délimitée comme un univers de pratiques et de rationalité spécifiques, mais aussi maintenue en tant qu'ordre imposant ou non son axiomatique, ses enjeux et son langage à d'autres ordres sociaux.

Lemoine B., Gayon V. (2014), Maintaining the economic order, Politix, 1, 105, p. 7-35

La sociologie des politiques économiques défendue dans cet article prend pour objet le travail permanent de construction, de naturalisation et de maintien de l'ordre économique déployé par une multitude d'acteurs et d'instruments techniques. Il s'agit d'ouvrir des enquêtes sur la façon dont prennent forme les processus de désencastrement et de réencastrement de l'économie vis-à-vis des institutions politiques et sociales. Cette piste est suivie en quatre temps. D'abord en soulignant la portée sociogénétique de l'oeuvre de Karl Polanyi et son insistance sur l'émancipation disputée et incertaine des pratiques de production et d'échange à l'égard des tutelles traditionnelles. Puis en montrant comment l'invention de l'économie en tant que sphère d'activité autonome suscite foule de résistances et de « mondes économiques renversés », opposant leurs propres normes aux « lois » supposées de l'économie. La configuration de l'après Seconde Guerre mondiale est revisitée comme un laboratoire exemplaire de réencastrement politico-étatique de l'économie. Le désencastrement néolibéral des marchés financiers à l'échelle internationale recompose ensuite les comptes de la puissance publique et privée. Ces ordres économiques balisent simultanément des zones d'accès et, réciproquement, de non-droit à la discussion publique et politique.

The sociology of economic policies argued in this article investigates the permanent work of construction, naturalization and maintenance of the economic order made by a multitude of actors and technical instruments. It consists in describing how the doctrinal project of economy disembeddedness takes shape, detaching itself from the political and social institutions. This program is developed through four steps. First, by offering a constructivist reading of Karl Polanyi writings and highlighting the author's insistence on the uncertain and contested process of production and exchanges' practices emancipation vis-à-vis traditional guardianship. Then, by showing how the invention of the economy as an autonomous sphere of activity raises crowd resistance and « reversed economic worlds » settling their own standards and laws by opposition to the economy « rules » and values. The after World War Two configuration is revisited as an exemplary laboratory of Politics and State re-embeddedness of the economy. Then, neoliberal disembeddedness of global capital markets reshapes accounts of public and private powers. These economic orders simultaneously mark out areas of access to and, conversely, of non-entitlement to public and political discussion.

Gayon V. (2013), Homologie et conductivité internationales. L'État social aux prises avec l'OCDE, l'UE et les gouvernements, Critique internationale, 2, 59, p. 47-67

An examination of the job and unemployment programs of the OECD and the European Commission in the two decades since 1990 shows that their circuit of production and homologous legitimation has been marked by the domination of governments and these organizations' economic sectors over social sectors. Each of these institutional universes is characterized by an asymmetric relationship between the "economic" and the "social", something that affects the content of their diagnostics and prescriptions as well as the flow of transactions between them. This article thus takes seriously the effects and actualizations of the process of isomorphic differentiation between the "economic" and the "social" that has over the long term been pursued by Western states, a process that affects the very structures of these internationalized spaces.

Gayon V., Lemoine B. (2013), Pédagogie économique, Genèses, 4, 93, p. 2-7

Ce dossier prend pour objet les situations qui, dans des configurations socio-historiques variées, installent une relation « pédagogique » en matière économique, c'est-à-dire produisent des configurations asymétriques mettant aux prises un savant et un profane, un compétent et un incompétent. Entre la configuration planiste-keynésienne et la période néolibérale contemporaine, un modèle de politiques économiques fondé sur l'explication et l'éducation s'est substitué à un modèle basé sur la négociation et le compromis entre des options conflictuelles. Cette évolution traduit le déclin du parlementarisme et des formes concertées de planification économique (néo-corporatiste) et l'essor d'une technocratie (nationale et internationale) placée hors de portée du débat politique et de la conflictualité sociale ; transformation morphologique qui, à quelques variantes nationales près, a restructuré les champs du pouvoir occidentaux depuis l'après-guerre. La conséquence en est une éducation voire une édification nouvelle du peuple mais aussi des professionnels de la politique aux « réalités » économiques.

Gayon V., Lemoine B. (2013), Pédagogie économique, Genèses, 93, 4, p. 2-7

La cause semble entendue et pérenne. À un ordre économique et financier qui impose des « réformes structurelles » aussi douloureuses qu'indiscutables (plan quinquennal de réduction des dépenses publiques, rallongement de la durée de cotisations pour bénéficier de pensions de retraites ou d'indemnités chômage, baisse des cotisations sociales afin d'améliorer le coût du travail et la compétitivité, etc.), répond le souci d'en expliquer la teneur et la nécessité, d'envoyer des messages clairs à l'opinion, bref d'offrir davantage de pédagogie à un public qu'il suffirait de convaincre de leur bien-fondé.

Lemoine B., Gayon V. (2013), Pédagogie économique : introduction, Genèses, 4, 93, p. 2-7

Gayon V. (2012), Jeu critique : la « fin des intellectuels » (1975-1985), Le Mouvement social, 239, p. 25-44

Fin, silence, crise ou déclin des intellectuels sont une topique des années 1970 et 1980 servant d'épilogue à l'histoire des intellectuels en France. L'article questionne les usages différenciés (journalistiques, politiques, académiques) de ce type de lieu commun pessimiste dans cette période charnière au plan politique. La polémique sur le « silence des intellectuels de gauche » en 1983 sert d'entrée principale à l'analyse de cette « littérature de la fin » hétérogène. Elle informe sur les pôles de définition actualisés de « l'intellectuel » et sur la recomposition des rapports entre champs intellectuel, politique et journalistique. L'article discute ainsi de l'éclipse apparente de cette catégorie sociale autant que des conditions de ses redéfinitions progressives et concurrentes.

The end, the crisis, the decline or the silence of intellectuals are some of the topics used in the 1970's and 1980's as an epilog to the history of French intellectuals. This article questions the differentiated uses (journalistic, politics, academics) of this pessimistic commonplace during a ten year period often considered as politically pivotal. The polemic on "the silence of left-wing intellectuals" in 1983 serves as the main entry point to an analysis of this heterogeneous "literature of the end". It is informative of the various definition poles of "intellectual" and of the re-composition of the relationship between intellectual, political and journalistic fields. This article thus discusses the apparent eclipse of this social category as well as the conditions of its progressive and concurrent redefinitions.

Lemoine B., Gayon V., Théret B. (2010), L'argent public et les régimes économiques de l'ordre politique, Genèses, 3, 80, p. 136-152

Gayon V., Lemoine B. (2010), L'argent public et les régimes économiques de l'ordre politique : entretien avec Bruno Théret, Genèses, 80, p. 136-152

À la suite de ses travaux sur les crises monétaires, Bruno Théret revient dans cet entretien sur la pluralité historique des formes d'argent ou de monnaie. Il envisage l'argent public en tant que monnaie de l'État dont il retrace les formes historiques depuis l'Ancien Régime. Aujourd'hui, l'État est à nouveau pensé dans une perspective restrictive non plus comme producteur de bien public mais comme prédateur : on s'efforce d'annuler son pouvoir monétaire, de restreindre ses ressources financières en le soumettant, par la médiation de la dette publique, aux pouvoirs de la finance privée.

Following his work on monetary crises, Bruno Théret returns in this interview to the historical plurality of the forms of money or of currency. He views public money as state currency, which has assumed different historical forms since the Old Regime. Today, the state is once again viewed restrictively, no longer as producing the public good but as preying upon it : every effort is made to cancel its monetary power and limit its financial resources by subjecting it, through the mediation of the national debt, to the authority of private finance.

Gayon V., Lemoine B. (2010), Argent public, Genèses, 3, 80, p. 2-7

Finances publiques, cotisations sociales, subventions, impôts ou encore monnaie... l'argent public connaît de multiples figures. En articulant leur démonstration à des temporalités longues ou plus ramassées, les travaux réunis dans ce dossier spécifient la constitution, le déploiement, les usages et les usagers de l'argent public, en prenant pour objet le partage entre argent public et argent privé et en étudiant les manières de bâtir et de déplacer ces frontières. Le dossier permet de mieux mesurer combien le travail de « marquage » public de l'argent est le résultat d'une série d'opérations variées dotées de valeurs et d'intérêts spécifiques qui structurent l'action publique. Une telle approche, en étant attentive aux rapports sociaux qui marquent l'argent public, aux opérations qui conditionnent sa légitimité, consolident ses formats et en structurent les prises politiques et la répartition, entend participer au progrès d'une sociologie économique du politique.

Gayon V., Lemoine B. (2010), Argent public, Genèses, 80, p. 2-7

Gayon V. (2009), Un atelier d'écriture internationale : l'OCDE au travail. Éléments de sociologie de la forme « rapport », Sociologie du travail, 51, 3, p. 324-342

Cet article propose d'examiner l'écriture d'un rapport « transversal » sur l'emploi à l'OCDE. Le regard porte non sur le produit fini, mais sur le rapport en train de s'écrire. Cette voie d'entrée permet d'interroger les dynamiques de pouvoir à l'oeuvre au sein de l'OCDE et ouvre une réflexion plus générale sur la manière dont ce type d'organisation internationale produit de la connaissance économique et tisse un certain nombre de relations avec ses mandants tout au long de l'écriture du rapport. Les développements analysent les voies d'assemblage des problématiques économiques qui passent par la succession des études intermédiaires et sont travaillées par la concurrence asymétrique entre services. En rendant visible le processus à l'issue duquel affleure « l'auteur institutionnel », l'analyse repositionne sur de nouvelles bases la problématique de « l'influence » généralement associée à ce type d'organisation.

The writing of a "transversal" report on employment at the OECD is examined by focusing not on the finished product but, instead, on the drafting of the report. This approach allows for exploring the dynamics of power at work inside the OECD. It opens toward broader considerations about how this type of international organization produces knowledge in economics and weaves relations, throughout the long process of drafting the report, with those who requested it. This article analyzes how economic issues are assembled through a succession of intermediate studies and reshaped through an asymmetrical competition between services. By making visible the process of constructing the position of "institutional author", this analysis repositions on new grounds the problem of "influence", which usually arises in organizations of this sort.

Gayon V. (2009), Le crédit vacillant de l'expert. L'OCDE face au chômage dans les années 1990 et 2000, Cultures et conflits, 75, p. 53-73

L'article s'intéresse à la manière dont l'OCDE s'est saisie de la question lancinante du chômage dans les années 1990 et 2000. Comment s'est jouée sa crédibilité comme expert économique institutionnel face à un problème qui dure et s'accentue ? Dans quelle mesure la « crise du chômage » met-elle à l'épreuve cette organisation internationale ? L'analyse proposée de la « carrière » de l'OCDE dans ce type de crise chronique rend compte des processus de production et de légitimation complexes de son expertise. L'enrôlement d'un certain nombre d'acteurs, qui constitue d'ordinaire l'une des forces de cette organisation internationale, se transforme ces années-là en contrainte. L'OCDE est alors poussée à se repositionner, voire à se réinventer, sur la question sociale et sur de nouveaux terrains.

This article focuses on how OECD tackled the question of unemployment in the 1990s and 2000s. How was its credibility as economic institutional expert affected by such an increasingly serious "problem" ? To what extent did the unemployment crisis put the International Organization to a test ? The analysis I propose of the OECD's "career" in this type of chronical crisis highlights the complex process of production and legitimization of its expertise. The enrolment of some actors - which generally constitutes one of the strengths of this IO - is transformed into a constraint during this period. OECD is finally compelled to reposition - or even reinvent itself - on the "social question" and new jurisdictions.

Gayon V., Penissat E. (2009), Histoire sociale des idées : le cas néo-libéral, Revue française de science politique, 59, 6, p. 1271-1276

Communications

Gayon V. (2016), OECD, EU, and isomorphic processes. The Jobs Strategies in the 1990s and 2000s, International Organizations and the Globalization of public instruments and ideas: micro-processes and actors' configurations, Strasbourg, France

Based on interviews and original archives and with a process-tracing approach, my purpose aims to analyse the respective and linked works of OECD and European Union on employment/unemployment policies, namely and respectively the Jobs strategy and European Employment Strategy. An examination of the job and unemployment programs of the OECD and the European Commission in the two decades since 1990 shows that their homologous circuit of production and legitimation has been marked by the domination of governments and these organizations' "economic" sectors over "social" sectors. Despite their own specificity, each of these institutional universes is characterized by an asymmetric relationship between the "economic" and the "social", something that affects the content of their diagnostics and prescriptions, the social and bureaucratic status of the different actors, as well as the flow of transactions between them. This contribution thus takes seriously the effects and actualizations of the process of isomorphic differentiation between the "economic" and the "social" that has over the long term been pursued by Western states, a process that affects the very structures of these internationalized spaces and that informs in this case on the paths of making and of dissemination of neoliberal public ideas and policies.

Gayon V. (2016), OECD, EU, and isomorphic processes. The Jobs Strategies in the 1990s and 2000s, International Organizations and the Globalization of public instruments and ideas: micro-processes and actors' configurations, Strasbourg, France

Based on interviews and original archives and with a process-tracing approach, my purpose aims to analyse the respective and linked works of OECD and European Union on employment/unemployment policies, namely and respectively  the Jobs strategy and European Employment Strategy. An examination of the job and unemployment programs of the OECD and the European Commission in the two decades since 1990 shows that their homologous circuit of production and legitimation has been marked by the domination of governments and these organizations' "economic" sectors over "social" sectors. Despite their own specificity, each of these institutional universes is characterized by an asymmetric relationship between the "economic" and the "social", something that affects the content of their diagnostics and prescriptions, the social and bureaucratic status of the different actors, as well as the flow of transactions between them. This contribution thus takes seriously the effects and actualizations of the process of isomorphic differentiation between the "economic" and the "social" that has over the long term been pursued by Western states, a process that affects the very structures of these internationalized spaces and that informs in this case on the paths of making and of dissemination of neoliberal public ideas and policies.

Gayon V. (2015), When Prophecy succeeds : The Welfare State in Crisis of the OECD, 13ème Congrès national de l'Association française de science politique, Aix-en-Provence, France

Un rapport de l'OCDE, intitulé The Welfare State in Crisis et publié en 1981, sert aujourd'hui commodément à attester une lame de fond internationale frappant les « États-Providence » dans cette période. Loin de considérer ce document comme l'enregistrement par un centre d'expertise économique indépendant de la « réalité » de l'évolution de l'État social, cette communication souhaite le ressaisir en action comme un des pôles de définition de cette « réalité critique ». Sur la base d'archives originales, le regard porte sur son énonciation dans l'espace bureaucratique de l'OCDE et sur sa réception, sur l'instant, dans l'espace des organisations internationales. Sont étudiés les principes d'intelligibilité de la « crise » de l'État social, en particulier ceux que promeuvent les nouvelles statistiques portant sur les « dépenses sociales » et ceux que délimite le nouveau cadre macroéconomique et financier stabilisé à l'OCDE, au FMI et au G5-G7 depuis la fin des années 1970.

An OECD report, entitled The Welfare State in Crisis and published in 1981, is commonly used to signal the international groundswell against the « Welfare States » in that period. Far from considering this document as a record of the « reality » by an international and independent think tank concerning the evolution of Welfare States, this communication considers the making of that report that participated in (re)defining this « critical reality ». Based on original archives, the analysis focuses on the production of the report in the OECD bureaucratic field and on its reception in the field of international organizations. The intelligibility principles of the "crisis" of the Welfare State are then reexamined. more specifically, the paper puts the emphasis on the intelligibility principles promoted through the new statistical database on the "social costs", and those delimited by the new macroeconomic and financial order stabilized at the OECD, IMF and G5-G7 at the end of the 1970s.

Gayon V. (2015), Expertise économique et écriture collusive : enseignements à partir d'une enquête à l'OCDE, L'expertise économique en question: enjeux d'hier et d'aujourd'hui, Paris, France

Gayon V., Lemoine B. (2014), Maintenir l'ordre économique. Politiques de désencastrement et de réencastrement de l'économie, Congrès de l'AFEP "Economie politique et démocratie", Bagneux, France

La sociologie des politiques économiques défendue dans cet article prend pour objet le travail permanent de construction, de naturalisation et de maintien de l'ordre économique déployé par une multitude d'acteurs et d'instruments techniques. Il s'agit d'ouvrir des enquêtes sur la façon dont prennent forme les processus de désencastrement et de réencastrement de l'économie vis-à-vis des institutions politiques et sociales. Cette piste est suivie en quatre temps. D'abord en soulignant la portée sociogénétique de l'oeuvre de Karl Polanyi et son insistance sur l'émancipation disputée et incertaine des pratiques de production et d'échange à l'égard des tutelles traditionnelles. Puis en montrant comment l'invention de l'économie en tant que sphère d'activité autonome suscite foule de résistances et de « mondes économiques renversés », opposant leurs propres normes aux « lois » supposées de l'économie. La configuration de l'après Seconde Guerre mondiale est revisitée comme un laboratoire exemplaire de réencastrement politico-étatique de l'économie. Le désencastrement néolibéral des marchés financiers à l'échelle internationale recompose ensuite les comptes de la puissance publique et privée. Ces ordres économiques balisent simultanément des zones d'accès et, réciproquement, de non-droit à la discussion publique et politique.

Maintaining the economic order. The sociology of economic policies argued in this article investigates the permanent work of construction, naturalization and maintenance of the economic order made by a multitude of actors and technical instruments. It consists in describing how the doctrinal project of economy disembeddedness takes shape, detaching itself from the political and social institutions. This program is developed through four steps. First, by offering a constructivist reading of Karl Polanyi writings and highlighting the author's insistence on the uncertain and contested process of production and exchanges' practices emancipation vis-à-vis traditional guardianship. Then, by showing how the invention of the economy as an autonomous sphere of activity raises crowd resistance and « reversed economic worlds » settling their own standards and laws by opposition to the economy « rules » and values. The after World War Two configuration is revisited as an exemplary laboratory of Politics and State re-embeddedness of the economy. Then, neoliberal disembeddedness of global capital markets reshapes accounts of public and private powers. These economic orders simultaneously mark out areas of access to and, conversely, of non-entitlement to public and political discussion.

Gayon V. (2013), Ecrire et prescrire dans l'incertain. Le keynésianisme dans la tourmente à l'OCDE, Instabilités globales et ordres des politiques économiques : institutions, instruments et savoirs de gouvernement de l'économie, Paris, France

Gayon V. (2012), Keynesian Economic Cooperation in "Crisis" : the OECD in the 1970s, 24th SASE Annual Meeting : Global Shifts : Implications for Business, Government and Labor, Cambridge (Mass.), États-Unis

This contribution analyzes one of the OECD's neo-liberal inflection during the second half of the 1970s: the McCracken Report (OECD 1977) mandated by US administration. This study of McCracken report gives us a better understanding of how the OECD contributed to the «Washington consensus», a policy consensus which has until now mainly been studied in the context of the IMF and the World Bank. Our inquiry is based on archives and on retrospective interviews. It focuses on the writing of this emblematic report by a collective formed of the direction of the OECD as well as external experts. I show how, during the elaboration of the report, economic policy recipes labeled as Keynesian, were discussed, debated and partly discredited by other forms of economics knowledge linked with supply-side approach. Besides I show how this evolution of expertise inside the OECD was defined as both an «innovation» and an intellectual «necessity» and how this expertise tended, with caution and uncertainty, to avoid any deep and alternative reflections and solutions about the decline of the international monetary system designed at Bretton Woods. I also underscore the struggles that emerged within the OECD's bureaucracy regarding the explanation of this epistemic and political evolution. This paper retraces not only conflicts between the different services of the organization, but also the direct or undirect intervention of member countries representatives in the elaboration of the report, as well as the transformation of the centre of gravity of North American economics in the 1970's.

Gayon V. (2012), The OECD and the "crisis" of Keynesianism : the McCracken Report, 1975-1980, 9th European Social Science Conference, Glasgow, Royaume-Uni

This contribution analyzes one of the OECD's «neo-liberal turning points» during the second half of the 1970s: the McCracken Report (OECD 1977). This report, which had been commissioned by the U.S. State Department between the two oil crises, crystallized the OECD's experts standpoint on the economic situation. At a time when the effectiveness of Keynesian economic policy recipes seemed in disarray, this report challenged the routinized macroeconomic and political prescriptions held at the OECD. Our inquiry is based on archives and on retrospective interviews. It focuses on the elaboration and writing of this emblematic report by a collective formed of the direction of the OECD as well as external experts. I show how, during the elaboration of the report, economic policy recipes labeled as Keynesian, were discredited and replaced by other forms of economics knowledge and how this evolution of expertise inside the OECD was defined as both an «innovation» and an intellectual «necessity». I also emphasize the rationalizing role played by economic knowledge in the interpretation of the crisis of the 1970s and underscore the struggles that emerged within the OECD's bureaucracy regarding the explanation of this epistemic «innovation». This paper retraces not only conflicts between the different services of the organization, but also the intervention of member countries representatives in the elaboration of the report, as well as the transformation of North American economics. A study of McCracken report gives us a better understanding of how the OECD contributed to the «Washington consensus», a policy consensus which has until now mainly been studied in the context of the IMF and the World Bank. Literature mentioned: McCracken Paul, et al., Towards Full Employment and Price Stability, Paris, OECD, 1977

Gayon V. (2011), Le cahier des charges de l'Etat social " actif " : fabrication et circulation du benchmarking sur l'emploi de l'OCDE, XIème Congrès de l'Association Française de Science Politique, Strasbourg, France

La communication s'intéresse à la façon dont l'OCDE a développé un benchmarking sur l'emploi dans le courant des années 1990. Quels sont les objectifs visés ? Sur quels matériaux la comparaison étalonnée des pays membres de l'OCDE s'est-elle construite ? Quel débat a-t-elle suscité dans sa construction ? Plus largement, comment cet étalonnage des performances a-t-il circulé dans les cénacles européens qui assuraient alors l'installation de la Stratégie européenne pour l'emploi ? L'étude est essentiellement fondée sur les archives de ces organisations, leurs publications et des entretiens. Elle suggère que la production et la circulation des indicateurs chiffrés s'inscrivent d'abord dans les conflits institutionnels internes à l'OCDE : l'opposition entre le Département économique dominant et le Département de l'emploi et des affaires sociales. S'y jouent les propriétés des politiques d'"activation" de l'État social. La connexion avec l'Union européenne suit la même structuration asymétrique. Cette structuration constitue l'une des clés pour comprendre comment a été développée la Stratégie européenne pour l'emploi et comment circule ce type d'instruments de gouvernement.

The "active" social State's book of requirements : the production and the circulation of an OECDs benchmarking on employment in the 1990's This communication stresses the way the OECD has developed benchmarking on labor markets in the 1990's. What are the objectives? On which data are constituted the benchmarks between OECD members? Which were the debates? More generally, how did this benchmarking circulate in the European circles which put in place the European Employment Strategy? The communication is based on the organizational archives, publications and interviews. I argue that the production and circulation of the numerous indicators are first referred to the internal institutional struggles in the OECD : the opposition between the dominant Economics Department and the Employment and Social Affairs Department. The properties of the "active" social State are defined through this relationship. The connection with the European Union follows the same asymmetrical structuration. This structuration constitutes one of the keys to understand how the European Employment Strategy was developed and how this tool of government circulates through the institutions.

Gayon V. (2011), "Innover" dans l'incertain. Les experts de l'OCDE et la "crise " du keynésianisme (1970-1980), IVème Congrès de l'Association française de Sociologie, Grenoble, France

La communication revient sur l'un des épisodes du « tournant » néo-libéral de l'OCDE. Comment l'expert public international s'est-il positionné face à la « crise » économique des années 1970 ? Nous montrons que « l'innovation » et la « nécessité » intellectuelle au changement par l'abandon des recettes keynésiennes sont des registres de légitimation du repositionnement expert. Mais l'« innovation » épistémocratique opérée à l'OCDE ne passe pas sans une lutte entre savoirs économiques dans l'interprétation et l'objectivation de la « crise » économique des années 1970 (puisant une part de sa force sociale dans la transformation du champ de la science économique étasunienne), ni sans des rapports de force relevant de la politique bureaucratique propre à cette organisation intergouvernementale (conflits entre les différents services de l'organisation, soutiens des délégations des pays membres). L'entrée privilégiée dans l'analyse porte sur l'écriture collective d'un rapport mettant en branle les principales autorités de l'OCDE et dont la préparation a couru deux années : le rapport McCracken paru en 1977. Nous nous appuyons sur une enquête sur archives et par entretiens rétrospectifs. Il s'agit en définitive de comprendre comment les recettes de politique économique, perçues et labellisées comme keynésiennes, se voient discréditées au profit d'autres types de savoirs perçus comme « innovants » et plus « performants » dans l'explication des causalités économiques.

Gayon V. (2010), Une expertise en partage : l'OCDE, l'UE et l'"activation" des politiques de l'emploi. Eléments pour l'analyse d'un réseau de consolidation, "European Power Elites" : Où va la sociologie politique de l'Europe ?, Paris, France

Gayon V. (2009), Quand l'OCDE communique... Communication institutionnelle et processus d'institutionnalisation, XVIIIè congrès international des Sociologues de Langue Française, Istanbul, Turquie

En juin 1992, mandat est donné par 25 ministres à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de préparer une étude transversale "rompant avec les idées reçues", sur les questions de l'emploi et de chômage. Ce rapport connu sous le nom de Jobs study est rendu public en plusieurs étapes à partir de juin 1994. Commence alors la "phase II" du projet, dite Jobs strategy, visant la mise en oeuvre par pays des préconisations de l'étude générale. La présente communication entend s'intéresser aux stratégies de publicisation de la Jobs study : stratégies institutionnelles qui vont chercher à "faire tenir" l'expertise océdéenne hors les murs du château de la Muette. Trois terrains sont mobilisés : l'univers journalistique, les rapports avec les délégations gouvernementales dans les discussions à l'OCDE, la scène internationale (avec le sommet sur l'emploi du G7 à Lille en 1995 et l'Union européenne au moment de l'élaboration de la SEE). Si l'organisation développe une "stratégie d'information publique" par le biais de son service de communication (qui voit ses prérogatives réévaluées depuis le milieu des années 1980), la "réception" journalistique de l'Etude et de la Stratégie de l'OCDE ne peuvent bien sûr s'y résumer. On étudie le travail de traduction journalistique qui va constituer un des maillons de la chaîne de transformation de l'Etude. C'est aussi dans ce travail que se joue une partie de la (dé)légitimation d'une expertise et de l'Organisation qui la porte.

Gayon V. (2009), Des Patrons à l'OCDE ? D'une évidence altermondialiste à l'analyse sociohistorique, Xème Congrès de l'Association Française de Science Politique, Grenoble, France

Cette communication vise à dénouer ce qu'il faut entendre par « action patronale à l'OCDE ». Le point d'entrée en est le Business and industrial advisory comittee (BIAC), autrement dit la représentation permanente du « monde des affaires » à l'OCDE. Sur la base d'archives et d'entretiens, l'analyse portera sur les modalités d'action de ce Comité représentatif dans deux programmes océdéens comptant parmi les plus visibles de la décennie 1990 : l'Etude sur l'Emploi (1992-1994) et l'Accord multilatéral sur l'investissement (1995-1998). Les politiques de l'emploi et le commerce international offrent des terrains d'élection pour observer la dynamique de mobilisation patronale, en particulier parce qu'elle est progressivement structurée par une dénonciation altermondialiste émergente. La politisation de l'expertise océdéenne se clôt par la mise en échec du processus de négociation de l'AMI. Et sous l'effet de cette délégitimation institutionnelle, le Secrétariat général de l'OCDE et le BIAC, jusqu'ici « en accord sur l'essentiel », voient leur relation et leur position évoluer. L'un des outputs les plus visibles apparaît être côté patronal la déclaration placée sous l'auspice de la Chambre de commerce internationale (CCI) de 450 dirigeants de multinationales en 1998 dans laquelle est notamment affirmée que « l'émergence de groupe d'activistes risque d'affaiblir l'ordre public, les institutions légales et le processus démocratique » et à laquelle a pu contribuer le BIAC.

This presentation aims for a better comprehension of the role played by CEOs within OECD. The entry point is primarily the Business and industrial advisory committee (BIAC), in other words the permanent representation of "business world" in the OECD. Based on archives and interviews, the analysis would stress on action modalities of this representative Committee in two OECD programs which are among the most visible of the 1990's: 'Jobs study' (1992-1994) and 'Multilateral Agreement on Investment' (1995-1998). Employment and free-trade policies offer elective grounds to observe the dynamics of business action, particularly because it is gradually structured by an emerging anti-globalization exposure. Politization of OECD expertise ended in the failure of MAI negotiation process. Under the effect of its institutional delegitimization, relations and positions between OECD General Secretary and BIAC, yet agreeing on "the essential", has evolved. One of the most visible outputs of its dialectic seems to be, on the business side, the declaration placed under the authority of the International Chamber of Commerce (ICC) of 450 transnational companies (CEO's) in 1998 in which is notably affirmed that "the emergence of the pressure from activist groups risks to weaken the effectiveness of public rules, to legitimate institutions and democratic processes" and in which BIAC could contribute.

Gayon V. (2008), Saisir et traverser une "crise" routinière. L'OCDE au prisme du chômage (1990 - 1997), Les organisations internationales au coeur des crises. Configurations empiriques et jeux d'acteurs, Nanterre, France

Retour à la liste