Curriculum vitae

Montagne Sabine

Chargé de recherche CNRS
IRISSO

Sabine.MONTAGNEping@dauphinepong.fr

Publications

Articles

Montagne S., Ortiz H. (2014), Introduction, Sociétés contemporaines, 1, 93, p. 5-7

Montagne S. (2014), Les fonds de pension aux Etats-Unis. L'illusion d'un empowerment salarial par la propriété, les notes de l'IES, 33, p. 1-4

Les syndicats français s'imaginent parfois qu'ils pourraient acquérir un pouvoir financier sur la gestion des investissements de fonds salariaux (fonds de pension, épargne salariale). Pourtant, aux États-­-Unis, où ce type de fonds est développé depuis longtemps, les employeurs, les financiers et l'État (à travers l'administration, la législation et le système judiciaire) se sont organisés pour prévenir toute influence collective des salariés sur la gestion de leurs propres fonds.

Montagne S. (2014), Go-go managers contre futurs prix Nobel d'économie : genèse de l'investisseur professionnel moderne 1962-1973, Sociétés contemporaines, 1, 93, p. 9-37

La « révolution de l'investissement », saluée par les chroniqueurs financiers étatsuniens des années 1970, constitue l'une des conversions de la finance au nouvel ordre politico-économique monétariste qui remplace le keynésianisme de l'après-guerre. À partir de la littérature sur les nouvelles pratiques des professionnels financiers, durant la décennie 1960, l'article analyse comment une fraction de ceux-ci, les go-go managers, construit une figure de l'investisseur qui répond simultanément aux exigences de leurs clients et à la concurrence des universitaires. Caractérisée par le culte de la personnalité, cette figure va ensuite perdurer dans les organisations financières en dépit de la rationalisation du processus d'investissement, prescrite par la nouvelle théorie financière puis mise en oeuvre par les firmes. Elle est constitutive de l'ambivalence de l'investisseur financier contemporain, entre individualisme et standardisation.

The "revolution of investing", welcomed by US financial chroniclers and columnists in the 1970s is one of the facets of the conversion of finance to the new monetarist order which replaced the post war Keynesianism. Drawing on the literature about the new practices of financiers in the 1960s, this article analyses how a fraction of them, the go-go managers, shaped a new figure of the investor which simultaneously addressed the requirements of their clients and the challenge of their academic competitors. Marked by the "cult of personality", this figure has persisted in the financial world despite the rationalizing of the investment decision making process, prescribed by the new financial theory and implemented by financial firms. This figure embodies the ambivalence of the contemporary financial investor, between individualism and standardization.

Montagne S. (2013), Our Trust in Pension Funds, Risk & regulation, 26, p. 12-13

When Europeans decided to reform their retirement systems in the 1990s, they took the American model of retirement financing as their major point of reference. The defining feature of the American system is that financing is shared between a public federal regime, and a private complement in the form of a pension fund. Instituting this feature in continental Europe was the primary objective of reformers during the decade of stock market euphoria that marked the 1990s. Curiously, the effectiveness of this model has not been questioned following the market crash of 2001 or 2007, despite a series of social and economic blows suffered in the United States. What is more, the model continues to relentlessly insinuate itself into the institutional make up of continental European countries. How can we understand this persistent belief in the virtues of the pension funds?

Montagne S. (2013), Investing prudently: How financialization puts a legal standard to use, Sociologie du travail, 55, supp. 1, p. e48–e66

This article reviews the recent history of the prudent investor standard, which provides clear evidence of the changes taking place in American capitalism. By studying legislative, regulatory and judiciary processes together, we can observe how transformations have affected the production and institutionalization of the standard over time. Its meaning has been negotiated both where the federal government's power to regulate meets the political sway of employers and financiers and at the junction between magistrates' procedural independence and the intellectual authority deriving from economic theories. This method shows that there is no one, single, legal definition of "prudence" but, instead, several connotations that overlap, suggesting that the force of law is (also) based on a semantic diversity, nevertheless instrumental in the structural evolution of financial capitalism.

Montagne S., Ortiz H. (2013), Sociologie de l'agence financière : enjeux et perspectives. Introduction, Sociétés contemporaines, 4, 92, p. 7-33

Montagne S. (2012), Investir avec prudence : les usages d'un impératif juridique par les acteurs du capitalisme financiarisé, Sociologie du travail, 54, 1, p. 92-111

Cet article retrace l'histoire récente du standard juridique de prudence d'investissement, marqueur privilégié des mutations du capitalisme américain. Trois types de processus, législatif, réglementaire et judiciaire, sont examinés. Les rassembler dans une même étude permet de suivre la circulation de ce standard entre ses processus historiques multiples de production et d'institutionnalisation. On montre que son sens est négocié par les acteurs, à la croisée du pouvoir régalien de l'État et du pouvoir politique des employeurs et des financiers, à la croisée de l'autonomie procédurale des juges et de l'autorité intellectuelle de la théorie savante. Cette méthode permet de constater qu'il n'existe pas une définition juridique de la prudence mais une imbrication d'acceptions simultanées. Elle suggère que la force du droit réside (aussi) dans cette diversité sémantique pourtant instrumentale à une évolution structurelle du capitalisme financiarisé.

The recent history of the prudent investment standard, which provides clear evidence of the changes under way in American capitalism, is recounted by examining three processes: legislative, regulatory and judiciary. By bringing these three into a single study, we can follow up on how this standard has circulated through multiple historical processes of production and institutionalization. Its meaning has been negotiated both at the junction between the federal government's regulatory authority and the political power wielded by employers and financiers and at the junction between the procedural autonomy of judges and the intellectual authority drawn from economic theories. This method leads us to observe that there is no legal definition of this "prudence" but, instead, several overlapping acceptations of the phrase. This suggests that the force of the law is based on this semantic diversity, the latter being put to use in the structural evolution of financial capitalism.

Garcia S., Montagne S. (2011), Pour une sociologie critique des dispositifs d'évaluation, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 189, p. 4-15

Montagne S. (2010), Le principe d'un pilotage par l'extérieur et le mythe de l'extériorité, Analyse financière, 37, p. 19-23

Montagne S. (2009), Des évaluateurs financiers indépendants? Un impératif de la théorie économique soumis à l'enquête sociologique, Cahiers internationaux de sociologie, CXXVI, p. 131-148

L'indépendance des experts évaluateurs en finance, prônée par la théorie financière,ne résiste pas à l'enquête sociologique. La proximité de savoirs et d'expertise et la collusiond'intérêts des évaluateurs et des évalués sont imputables à l'origine financière desfirmes considérées, aux incitations économiques qui résultent de leur stratégie entrepreneurialeau sein du champ, ainsi qu'aux tensions auxquelles elles soumettent les professionnelsau cours du processus interne d'évaluation. Si la dépendance s'avère donc structurelle,la théorie financière et ses dérivés réglementaires n'en continuent pas moins àdéfendre l'extériorité des évaluateurs. Les nombreux contre-exemples sont certes reconnusmais sont qualifiés de dysfonctionnements conjoncturels. Cette posture témoigne qu'unenjeu théorique est en cause : le principe de l'extériorité de l'évaluation soutient lacroyance dans l'existence d'une valeur fondamentale des titres financiers, pilier de lathéorie financière.

The independence of expert evaluators in finance, advocated by financial theory,does not resist sociological investigation. The proximity of knowledge and expertise andcollusion of interests of evaluators and evaluated people are attributable to the origin offinancial firms considered, the economic incentives that arise from their business strategyin the field, as well as pressures they put on professionals in the process of internal evaluation.If the dependence is therefore structural, the financial theory and its statutorybyproducts keep nevertheless on defending the exteriority of evaluators. The numerouscounter-examples are certainly recognized but are qualified as economic failures. Thisposture reflects a theoretical issue is involved : the principle of the exteriority of the evaluationsupports the belief in the existence of fundamental value of financial securities,pillar of financial theory.

Montagne S. (2009), Analyse Economique du Droit versus Institutionnalisme. Une comparaison "en situation", Revue de la Régulation, 5

Cet article propose de comparer deux lectures d'économie du droit portant sur un même objet empirique, l'épargne salariée états-unienne, mais menées respectivement dans le cadre de la Law & Economics néoclassique et dans le cadre de la Théorie de la régulation. Ces deux approches divergent quant à leur prise en compte du politique entendu au sens de la dimension conflictuelle des rapport sociaux. L'approche néoclassique permet de faire l'économie d'un traitement explicite du politique au niveau individuel du cas particulier. L'habitus institutionnaliste produit au contraire une construction d'emblée politique de son objet d'analyse. Cette comparaison « en situation » met en évidence une meilleure capacité de généralisation de la démarche institutionnaliste du fait même de sa dépendance au politique.

Economic Analysis of Law versus Institutionnalism. A "in situation" comparisonThis paper compares two approaches of law economics concerning the same empirical object - the United States employees savings schemes - on one hand within the framework of mainstream Law and Economics and on the other within the framework of the Theory of the Regulation. These two approaches diverge as regards the way the take into account of politics, understood as conflicting social relationships. Mainstream approach allows avoiding an explicit treatment of politics at the individual level of the particular case. On the contrary, institutionalist habitus produces a political construction of its object of analysis. This "in situation" comparison shows a better capacity of generalization of institutionalist method because of its very dependence in politics.

Montagne S. (2009), Le court-termisme institutionnalisé : les effets de la gestion de portefeuille déléguée, Revue d'économie financière, Hors série

La gouvernance des investisseurs ne leur permet pas de développer des investissements de long terme. En déléguant la gestion de leur investissement à des firmes de gestion d'actifs et en externalisant l'évaluation vers des intermédiaires (consultants et agences de notation), ils ont contribué à la création de marchés de prestataires dominés par une logique de rendement à court terme. L'impératif de comparabilité des performances et la concurrence sur ces marchés ont, en effet, favorisé une évaluation des prestataires au moyen d'indicateurs synthétiques. Ces derniers représentent l'activité économique de manière abstraite et font obstacle à des représentations alternatives et spécifiques aux investisseurs de long terme. Parce que ces différentes pratiques ont été institutionnalisées en normes légitimes, il est aujourd'hui difficile d'en faire advenir de nouvelles.

Because of their governance, investors are not able to develop long-term investment policies. While they have been outsourcing investment decision making to asset management firms and evaluation to intermediaries (consulting firms and credit rating agencies), they have contributed to the creation of markets of providers which are dominated by the logic of short-term profit. The dictates of performances comparison and competition have fostered evaluation of providers through synthetic indexes. These provide an abstract representation of economic activity that hinders alternative representations, specific to long-term investors. These various practises have been institutionalized into legitimate norms hard to be challenged.

Montagne S. (2009), Short-Termism as a Rule: the Effects of Portfolio Management Delegation, Revue d'économie financière, Hors série

La gouvernance des investisseurs ne leur permet pas de développer des investissements de long terme. En déléguant la gestion de leur investissement à des firmes de gestion d'actifs et en externalisant l'évaluation vers des intermédiaires (consultants et agences de notation), ils ont contribué à la création de marchés de prestataires dominés par une logique de rendement à court terme. L'impératif de comparabilité des performances et la concurrence sur ces marchés ont, en effet, favorisé une évaluation des prestataires au moyen d'indicateurs synthétiques. Ces derniers représentent l'activité économique de manière abstraite et font obstacle à des représentations alternatives et spécifiques aux investisseurs de long terme. Parce que ces différentes pratiques ont été institutionnalisées en normes légitimes, il est aujourd'hui difficile d'en faire advenir de nouvelles

Because of their governance, investors are not able to develop long-term investment policies. While they have been outsourcing investment decision making to asset management firms and evaluation to intermediaries (consulting firms and credit rating agencies), they have contributed to the creation of markets of providers which are dominated by the logic of short-term profit. The dictates of performances comparison and competition have fostered evaluation of providers through synthetic indexes. These provide an abstract representation of economic activity that hinders alternative representations, specific to long-term investors. These various practises have been institutionalized into legitimate norms hard to be challenged.

Clévenot M., Labrousse A., Lamarche T., Lordon F., Montagne S. (2008), Pour une socionoétique des objets économiques. Entretien avec Frédéric Lordon, Revue de la Régulation, 2

Montagne S. (2007), In Trusts We Trust: Pension Funds Between Social Protection and Financial Speculation, Economic Sociology, 8, 3, p. 26-32

les réformes européennes des retraites ont pris pour référence le système américain. cet article propose de comprendre les origines d'une telle croyance persistante dans les vertus des fonds de pension. l'analyse met en évidence le rôle joué par leur structure juridique, le trust, dans la légitimation de la "pension industry".

Recent reforms of European pension schemes have largely taken the American system as a reference.The remarks which follow are aimed at understanding the origins of such a persistent belief in the virtues of the pension funds. The analysis brings out the role played by their legal structure, the trust, in the legitimisation of the 'pension industry

Montagne S. (2005), Pouvoir financier vs. pouvoir salarial. Les fonds de pension américains : contribution du droit à la légitimité financière, Annales, 60, 6, p. 1299-1325

Le pouvoir financier des salariés au moyen de leur épargne dans les fonds de pension est ici évalué au vu des règles juridiques qui régissent ces dispositifs.

Montagne S. (2001), De la "Pension Governance" à la "Corporate Governance": la transmission d'un mode de gouvernement, Revue d'économie financière, 63, p. 53-65

le gouvernement d'entreprise peut être considéré comme un descendant de la réorganisation de l'industrie de la gestion collective car il en hérite les principes d'organisation.

corporate governance can be viewed as a consequence of the pension industry reorganisation which occured in the 1970s and 1980s in so far as corporate governance borrows the same organisational principles.

Sauviat C., Montagne S. (2001), L'influence des marchés financiers sur les politiques sociales des entreprises: le cas français, Travail et emploi, 87, p. 111-126

cette enquête de terrain conclut à une forme d'influence des marchés financiers sur la gestion sociale des entreprises. ceux-ci exercent une force de normalisation sur les pratiques de gestion de la main d'oeuvre, introduisant une partition tranchée entre une poignée de cadres jugés essentiels à la création de valeur et principaux bénéficiiares des dispositifs d'incitation financière, et le reste de la main d'oeuvre. Si des prémisses de changement dans les modes de représentation de la finance en matière de ressources humaines se font jour, le monde financier rencontre peu d'incitations à s'immiscer dans la gestion sociale. Pourtant, il n'est pas prêt à valider n'importe quelle politique sociale: certaines, de toute évidence, lui conviennent mieux que d'autres.

Montagne S. (2000), Les fonds de pension dans l'économie américaine, La Lettre de la régulation, 34, p. 1-4

les fonds de pension états-uniens ont connu de profondes transformations depuis les années 1970. cette évolution se déroule simultanément à d'autres transformations institutionnelles majeures aux Etats-Unis, remettant en question l'héritage du New Deal.

Montagne S. (2000), Retraite complémentaire et marchés financiers aux Etats-Unis, L'Année de la Régulation, 4, p. 13-45

Cet article propose d'analyser le système américain des fonds de pensions d'unpoint de vue institutionnel et historique. Depuis les années 1970, la réglementationdes fonds de pension a connu des changements concomitants à des évolutions institutionnellesdes marchés de capitaux, des relations professionnelles ainsi que dansle champ des droits sociaux et civiques. L'analyse se déroule en deux temps. D'unepart, on montre l'existence d'une imbrication forte entre les réformes du systèmedes fonds de pension et l'évolution des pratiques sur le marché financier. Le systèmede financement des retraites qui en résulte se caractérise par une conception de laretraite plus individualisée et repose sur une organisation des acteurs financiersfondée sur des procédures. Dans un second temps, à partir de la relecture des analysesexistantes sur l'évolution des relations professionnelle et de citoyenneté (déclinsyndical, déclin de la négociation collective, extension des droits civils et sociaux)on montre un mouvement comparable vers une définition individualisée des conflits,qui tendent à être résolus dans l'espace judiciaire. Ce parallélisme ouvre la voie àun programme d'analyse plus général du changement institutionnel, reposant surune interdépendance formelle conformant des évolutions du design politique et ducontexte symbolique et des évolutions des institutions économiques.

This paper proposes to analyse the system of american pension plans from an institutionaland historical point of view. Since the 1970s, changes in pension regulationhave occured simultaneoulsy with changes in capital markets, industrial relations andcivil and social rights areas. Analysis is led in two steps. First, we show the strong imbricationexisting between reforms of pension funds system and evolutions of practicesof capital markets. The resulting retirement financement system can be characterized bya more individualised conception of retirement scheme, and an organization of financialoperators based on procedures. Second, through existing analysis on evolutions ofindustrial relations and civil rights movements (trade unions and collective bargainingdecline, extension of civil and social rights), we show a corresponding move towards anindividualised definition of conflicts. Those conflicts tend to be resolved through courts.This parallelism offers the opportunity to a more general program of analysis for institutionalchanges. It is based on a formal interdependancy of evolutions of politicaldesign and symbolic context and evolutions of economic institutions.

Montagne S. (1999), Formation du cours de bourse: les acteurs, leurs logiques, leurs interactions, La Revue de l'IRES, 1, 29, p. 29-52

cet article examine le rôle des différents acteurs qui interviennent dans la formation du cours de bourse et les mécanismes institutionnels qui concourent à la formation des jugements.

Ouvrages

Montagne S. (2006), Les fonds de pension, entre protection sociale et spéculation financière, Paris, 301 p.

L'auteur montre pourquoi le système des fonds de pension américain ne peut pas être introduit en France. Devant concilier à la fois la protection sociale et la spéculation financière, il repose sur un régime de propriété typiquement anglo-saxon, le trust. L'auteur analyse ce régime et montre comment il est particulièrement bien adapté à la double fonction des fonds de pension.

Chapitres d'ouvrage

Montagne S. (2016), The Boundaries of Finance as Zones of Conflicts, in Ismail Erturk D. (eds), The Routledge Companion to Banking Regulation and Reform, Oxford, Routledge Studies in Management, Organizations and Society

Montagne S. (2016), Penser la finance comme rapport social : la gestion d'actifs, nouvelle arène du conflit capital-travail, in I. Chambost M. (dir.), La fabrique de la finance : pour une approche interdisciplinaire, Presses Universitaires du Septentrion, p. 183-190

Montagne S. (2011), O Trust ou o impensável poder das finanças,, A Natureza social das finanças : fundos de pensão, sindicalistas e recomposição das elites, Bauru, São Paulo, Editora do Sagrado Coração (EDUSC), p. 24

L'analyse consiste à retracer l'évolution, depuis les années 1970, de la forme juridique utilisée pour gérer l'épargne financière des salariés, le trust. Outil traditionnel du droit anglo-américain pour gérer le patrimoine d'un bénéficiaire placé sous curatelle, le trust reproduit cette asymétrie structurelle lorsqu'il est utilisé dans les dispositifs d'épargne salariale. La libéralisation financière des années 1970-1980 va certes construire une définition libérale de l'investisseur financier mais sans renoncer pour autant à cette inféodation des salariés. Il en résulte une situation salariale hybride, exposée aux risques financiers conformément à la figure de l'investisseur averti, mais bridée dans ces choix, selon l'héritage du trust. De manière duale, il en résulte simultanément pour les intermédiaires financiers une position avantageuse : l'immobilisation de l'épargne salariale dans le trust leur confère la maîtrise de la liquidité sur les marchés financiers sans qu'ils aient à prendre les risques financiers associés. Cette analyse juridico-économique, en explorant l'origine juridique du statut salarial dans les dispositifs d'épargne financière, aide à comprendre la teneur de la domination de la finance sur le rapport salarial. Le trust constitue l'impensé du pouvoir de la finance.

Montagne S. (2011), Investir avec prudence : histoire de la construction d'un standard juridique, in Pélisse J. (dir.), Droit et régulations des activités économiques : perspectives sociologiques et institutionnalistes, Paris, LGDJ, p. 358

Montagne S. (2008), Le trust, fondement juridique du capitalisme patrimonial, in Lordon F. (dir.), Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme, Paris, Presses de Sciences Po, p. 339

La présente contribution vise à montrer l'intérêt de prendre en compte le droit dans une analyse économique institutionnelle du type de celle produite par la Théorie de la Régulation (TR). A partir du diagnostic initial sur le rôle des fonds de pension américains dans la macroéconomie fordiste, il s'agit d'éclairer leur évolution récente en introduisant un paramètre jusqu'ici peu exploité : l'effet des règles juridiques sur les comportements économiques. L'analyse consiste à suivre les transformations de la forme juridique utilisée pour gérer l'épargne financière des salariés, le trust. Outil traditionnel du droit anglo-américain pour déposséder un bénéficiaire placé sous curatelle, le trust reproduit cette asymétrie structurelle lorsqu'il est utilisé dans les dispositifs d'épargne salariale. La libéralisation financière des années 1970-1980 va certes construire une définition libérale de l'investisseur financier mais sans renoncer pour autant à cette inféodation des salariés. Il en résulte une situation salariale hybride, exposée aux risques financiers conformément à la figure de l'investisseur averti, mais bridée dans ces choix, selon l'héritage du trust. De manière duale, il en résulte simultanément pour les intermédiaires financiers une position avantageuse : l'immobilisation de l'épargne salariale dans le trust leur confère la maîtrise de la liquidité sur les marchés financiers sans qu'ils aient à prendre les risques financiers associés.Cette analyse juridico-économique, en explorant l'origine juridique du statut salarial dans les dispositifs d'épargne financière, aide à comprendre la teneur de la domination de la finance sur le rapport salarial. Le trust constitue l'impensé du pouvoir de la finance.

Montagne S. (2003), Responsabilité fiduciaire et investissement financier : comment le monde financier a mobilisé le droit des trusts, in Kirat T. (dir.), Les mondes du droit de la responsabilité : regards sur le droit en action, Paris, LGDJ, p. 13

En quoi la responsabilité fiduciaire, héritage de lointaines pratiques de gestion patrimoniale, joue-t-elle un rôle dans la prise de décision des investisseurs institutionnels que sont les grands fonds de pension américains et dans la justification de ceux-ci auprès du public?

Communications

Montagne S. (2013), De l'investisseur keynésien à l'investisseur institutionnel : théorisation savante et réorganisation managériale de la finance des années 1970, Instabilités globales et ordres des politiques économiques : institutions, instruments et savoirs de gouvernement de l'économie, Paris, France

Montagne S. (2011), Introduire la théorie financière dans le droit : une enquête exploratoire, IVème Congrès de l'Association française de Sociologie, Grenoble, France

Pourquoi et comment un certain nombre de juristes américains ont-ils intégré la théorie financière dans la doctrine juridique et contribué ainsi à transformer les pratiques financières à partir des années 1970 ? Le travail exploratoire ici présenté vise à tester quelques hypothèses quant aux conditions dans lesquelles ces juristes ont opéré une sélection des principes théoriques, les ont accommodés aux préoccupations politiques du moment et les ont rendus opératoires en droit, contribuant ainsi à donner un sens pratique à la théorie. C'est d'abord au niveau institutionnel universitaire que la coopération avec les économistes a été entreprise par le mouvement de la Law & Economics de Chicago. Au-delà de cette promotion initiale, les juristes comme les économistes ont conservé une place permanente dans la division du travail financier, en tant que consultants et experts juridiques aptes à délimiter les frontières du « bon » investissement. Enfin, outre leur rôle de savants (universitaires) et d'entrepreneurs d'affaires (conseillers juridiques), ils ont également joué le rôle de conseillers des réformes politiques. Cette multipositionnalité a contribué à la réussite intellectuelle comme opérationnelle de leurs projets.

Montagne S. (2009), Should Law be a Gate Keeper of finance ? The Case of the Prudent Man Rule, Should financial crises keep happening ? Understanding and remedying the current impasse., Hammamet, Tunisie

The ongoing financial crisis is largely explained by the fact that organizational rules and governance of finance would have continuously reduced perception of risks since the 1980s because of successive financial innovations and correlative financial bubbles. This paper analyses this argument in the case of the prudent man rule, the legal standard used by fiduciary institutions to regulate their investment policies. This standard inherited the notion of « prudent investment » from the tradition of equity. Analysis of case law shows that this notion as defined by courts resisted financial innovations because such investments were taken as too speculative by the legal tradition of trusts. But, thanks to legislative and judicial changes, it fitted the conception of prudence imported from the new financial theory in the 1970s and allowed institutional investors to invest in riskier asset classes since the 1980s. Finally, it contributed to the drift of finance in the late 1990s and in the 2000s since it failed to prevent and punish too risky behaviours. This paper examines structural features of this legal tradition of trusts that are responsible for that dramatic shift and the inability of this law to be a gate keeper of finance and to support a more Keynesian understanding of finance. Rather than a slow deterioration of the protection by invasion of finance into the pension funds law, we have to consider what constitutes, in this legal tradition, a foundation that opposes another conception of finance than this of mainstream economics. My hypothesis consists in telling that this tradition, since it focuses its investigation on individual actions without attention to collective dynamics, does not allow judicial work to think effects of combination, liquidity, mimicry, that are however essential to speculative functioning of finance. So, far away to be a gate keeper, the standard of prudence supports this functioning.

Montagne S. (2009), The prudent man rule: from substantive to procedural and "communicational" prudence of investment, Capitalism in Crisis : What's Next ? Economic Regulation and Social Solidarity after the Fall of Finance Capitalism, Paris, France

The ongoing financial crisis is largely explained by the fact that organizational rules and governance of finance would have continuously reduced perception of risks since the 1980s because of successive financial innovations and correlative financial bubbles. This paper analyses this argument in the case of the prudent man rule, the legal standard used by fiduciary institutions to regulate their investment policies. Analysis of case law shows that the notion of « prudent investment » as defined by courts resisted financial innovations because such investments were taken as too speculative by the legal tradition of trusts. But, thanks to legislative and judicial changes, it fitted the conception of prudence imported from the new financial theory in the 1970s and allowed institutional investors to invest in riskier asset classes since the 1980s. Finally, it contributed to the drift of finance in the late 1990s and in the 2000s since it failed to prevent and punish too risky behaviours. Part I describes changes of this standard and identifies three historical steps. From the 19th century to the 1970s, the prudence was substantially defined. From the 1970s to the 1990s, the pension law ERISA focused on the conformity to a procedural model of investment decision making process. From the late 1990s, prudence has consisted in disclosure procedures by trustees and become public relation matters. Part II examines structural features of this legal tradition of trusts that are responsible for that dramatic shift and the inability of this law to be a gate keeper of finance and to support a more Keynesian understanding of finance.

Montagne S. (2008), Finances, droit et protection sociale : influences et jurisprudences dans la définition des standards économiques des fonds de pension américains, Droit et régulation des activités économiques, Cachan, France

Montagne S. (2008), De la Liability à l'Accountability : une interprétation de l'érosion de pouvoir salarial à partir de Commons., Vers un capitalisme raisonnable ? La régulation économique selon J.R. Commons, Québec, Canada

Les transformations des relations économiques survenues à partir des années 1970 sont généralement analysées par les économistes critiques sous l'angle d'une redistribution des richesses et du pouvoir au détriment des salariés. Austérité salariale, licenciements, réduction de la protection sociale, croissance des inégalités salariales et des conditions d'emploi sont autant de phénomènes témoins d'une (re)prise de pouvoir des employeurs, conformément à une vision marxienne du conflit capital/travail, tandis que, simultanément, la montée en puissance des investisseurs institutionnels instituerait un nouveau clivage du pouvoir au sein même du capital, entre entreprises et financiers. Le présent article explore la thèse selon laquelle la véritable nature de ce pouvoir consiste précisément dans la capacité des employeurs à se délester de leurs anciennes responsabilités et à proposer, « en échange », une nouvelle forme de relations. Celle-ci est fondée non plus sur l'engagement économique sanctionné par une responsabilité juridique au sens du terme anglais « liability » mais sur la simple contrainte à s'expliquer publiquement, dénommée par les anglo-américains « l'accountability ». Issue de l'histoire financière, l'accountability a désormais dépassé son sens premier, l'obligation de rendre des comptes, pour constituer un principe de méta-organisation. Après avoir exploré les occurrences phénoménologiques de cette transformation, on souhaite également l'appréhender de façon conceptuelle. Dans cet objectif, les travaux de l'économiste institutionnaliste américain JR Commons fournissent une base conséquente. Cet auteur relie la forme prise par les rapports de pouvoir économique à la définition fluctuante des droits de propriété. En distinguant la propriété incorporelle de la propriété intangible, il établit que les droits et devoirs des parties qui échangent ces deux types de propriété ne sont pas identiques. Ce cadre général qui s'applique aussi bien aux relations entre le citoyen et le représentant politique qu'aux relations économiques, lui a permis d'analyser la teneur de la vulnérabilité des salariés face à la liberté des employeurs. Reprenant cette thèse, on peut considérer la transition de la liability à l'accountability comme l'approfondissement, dans le rapport salarial, d'une substitution plus générale, propre à l'évolution du capitalisme : la substitution de la propriété intangible à la propriété incorporelle. Le cadre conceptuel de Commons permet donc de donner au phénomène récent de l'accountability, apparu en économie, et en particulier dans les relations salariales, un statut théorique au sein de la construction institutionnaliste. Elle est le régime des droits et obligations, dans leur dimension comportementale et juridique, qui assure le bon dénouement des transactions salariales dont l'enjeu, le travail, est devenu propriété intangible.

Montagne S. (2006), Rôle du droit dans l'intégration financière européenne, IIème Congrès de l'Association française de Sociologie, Bordeaux, France

L'intégration financière européenne est un vaste chantier tant au niveau économique que juridique. Tous les métiers financiers sont concernés mais la gestion d'actifs l'est plus encore puisque cette activité récente est en pleine expansion, sous la forme de l'assurance vie, des fonds de pension et de l'épargne salariale. Sous la contrainte des directives communautaires, ce secteur se cherche un business model, c'est-à-dire un modèle d'organisation des affaires. Son élaboration reflète les luttes de pouvoir entre des acteurs financiers appartenant à des configurations institutionnelles bien marquées (anglaise, allemande, luxembourgeoise et française). L'influence des Etats-Unis est également importante compte tenu de la puissance de leur industrie financière. Dans cette lutte pour l'affirmation de leurs spécificités et pour l'imposition de leurs manières de faire, ces acteurs s'organisent pour promouvoir leur vision de la réglementation. Le droit communautaire produit une " synthèse " à partir de la confrontation des positions nationales. Il s'agit d'explorer la nature hybride des catégories juridiques ainsi promues. Issues des droits nationaux et véhiculées par les intérêts des industries correspondantes, elles doivent aussi être " acceptables " par les cultures juridiques et économiques des autres pays. Cette étude utilise les cadres théoriques de la sociologie des organisations et de l'économie du droit. Le support empirique consiste dans des interviews des professionnels.

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