Curriculum vitae

Barraud De Lagerie Pauline

Maître de conférences
IRISSO

pauline.barrauddelagerieping@dauphinepong.fr
Tel : 01 44 05 42 78
Bureau : P 408

Publications

Articles

Barraud De Lagerie P. (2015), Corinne Gendron, Bernard Girard (dir.), Repenser la responsabilité sociale de l'entreprise. L'École de Montréal?. Paris, Armand Colin, coll. « Recherches », 2013, Travail et Emploi, 141, 1, p. 73-74

Barraud De Lagerie P. (2015), Faut-il sonner le glas de l'audit social ? Essor et critique d'un dispositif privé de régulation des conditions de travail, L'OURS hors-série Recherche Socialiste, 72-73, p. 35-56

Barraud de Lagerie P. (2013), The wages of sweat: A social history perspective on the fight against sweatshops, Sociologie du travail, 55, supp. 1, p. e1–e23

The social history of the fight against sweatshops casts light on the current movement in favor of corporate social responsibility. But making the head of a chain of subcontractors responsible for seeing to the well-being of those at the end of the chain is not contemporaneous with present-day globalization and North/South relations. Since the 19th century, when the sweatshop system appeared, those who champion the workers have pointed a finger at those who, though they only exercise indirect control, profit from their exploitation. As our historical analysis emphasizes, though in other contexts the issue of poor working conditions sometimes found solutions that (partially) avoided holding the principal liable, what characterizes the anti-sweatshop movement in the context of globalization is its nearly exclusive focus on bringing pressure to bear on the contractor at the head of the chain.

Barraud De Lagerie P. (2013), Reconnecting Marketing To Markets, Luis Araujo, John Finch, Hans Kjellberg (Eds.). Oxford University Press, Oxford (2010). 276 p., Sociologie du travail, 55, 3, p. 418-421

Barraud De Lagerie P. (2013), Droit et régulations des activités économiques : perspectives sociologiques et institutionnalistes. C. Bessy, T. Delpeuch, J. Pélisse. LGDJ, Lextenso éditions, « Recherches et travaux », Paris (2011), Sociologie du travail, 55, 4, p. 537-539

Trespeuch M., Barraud de Lagerie P. (2013), Entreprises et déviance : une affaire d'affaires, Terrains et travaux, 1, 22, p. 5-22

Barraud de Lagerie P. (2012), Un salariat mondialisé ? Protection des travailleurs et responsabilité sociale de l'entreprise à l'épreuve de la globalisation, Notes de l'IES, 28, p. 1-4

Que faut-il attendre de la « responsabilité sociale » que les grandes firmes occidentales entendent se donner lorsqu'elles sous-traitent une part de leur activité dans les pays du Sud ? Quelle relation salariale se noue lorsque que ce sont les firmes elles-mêmes, sous la pression de mouvements de consommateurs occidentaux davantage que des travailleurs concernés, qui assument la production des « règles » du travail et en assurent le contrôle ? Dans sa note, Pauline Barraud de Lagerie revient sur la progressive mise en place de l'audit dit « social ». Elle donne à voir les pratiques et les résultats de ceux qui, à l'instar des réformateurs sociaux du 19e siècle, en appellent à la morale ou à la déontologie patronale pour assurer la protection des travailleurs du Sud. Il est certes difficile de ne pas être sceptique quant à la capacité de ces dispositifs à promouvoir un progrès pour les droits des travailleurs : ils répondent d'abord à des objectifs de communication, se fondent sur des formes de régulation privée qui marginalisent les autorités publiques et sont imposées « de loin » par des firmes occidentales aux acteurs locaux. Mais l'histoire du salariat montre aussi que nombre de « conquêtes sociales » résultent d'une réappropriation par les salariés d'initiatives patronales.

Barraud de Lagerie P. (2012), The wages of sweat: A social history perspective on the fight against sweatshops, Sociologie du travail, 54, 1, p. 45–69

Cet article se propose d'éclairer l'essor actuel d'un mouvement pour la « responsabilité sociale des entreprises » à la lumière d'une analyse socio-historique de la lutte anti-sweatshop. Nous nous attachons à montrer que la démarche consistant à imputer à la tête d'une chaîne de sous-traitance la responsabilité d'assurer le bien-être de ceux qui en constituent les derniers maillons n'est pas contemporaine de l'internationalisation des échanges et du problème des équilibres Nord-Sud. Dès le sweating system du XIXe siècle, les défenseurs des travailleurs avaient pointé du doigt la responsabilité de ceux qui, sans exercer une contrainte directe sur la main d'oeuvre, tiraient néanmoins profit de son exploitation. Mais l'analyse historique met aussi en exergue que, si le problème des médiocres conditions de travail a pu, dans d'autres contextes, trouver des solutions qui permettaient de se passer (partiellement au moins) de la responsabilisation des commettants, la lutte anti-sweatshop dans le cadre des échanges mondialisés se caractérise par un recours quasi-exclusif à l'exercice d'une pression sur les donneurs d'ordre.

The social history of the fight against sweatshops sheds light on the current movement for corporate social responsibility. Assigning the head of a chain of subcontractors the responsibility for seeing to the well-being of those in the chain's last link is not contemporaneous with present-day globalization and North/South relations. Since the sweatshop system emerged during the 19th century, those who defend workers have pointed a finger at those who profit from exploiting labor even though they do not exercise direct coercion on workers. As this historical analysis emphasizes, the problem of poor working conditions found, in other contexts, solutions that (partially) avoided holding the principal to be liable; but what characterizes the fight against sweatshops in the context of globalization is its nearly exclusive focus on bringing pressure to bear on the principal at the head of the chain.

Barraud de Lagerie P. (2011), L'affaire Spectrum, Revue française de sociologie, 52, 2, p. 245-275

La notion de « responsabilité sociale des entreprises » (RSE) est victime de son succès. Son usage exponentiel, dans les mondes économique et académique, pour désigner les démarches par lesquelles les entreprises assument ou devraient assumer la prise en charge d'externalités négatives échappant au cadre réglementaire, va en effet tendanciellement de pair avec sa réification. Si ce phénomène participe incontestablement de l'institutionnalisation de la notion, il empêche de comprendre le processus de construction et le contenu de ce qui se présente alors sous la forme d'une boîte noire étiquetée « RSE ». Cet article se propose au contraire d'étudier la construction de responsabilités extrajuridiques pour les entreprises, en opérant une double réduction du champ d'investigation, d'une part à la question des obligations des donneurs d'ordre occidentaux envers les travailleurs employés par leurs fournisseurs des pays du Sud, d'autre part au cas d'une situation litigieuse plutôt qu'à celui d'une arène délibérative. En adoptant une définition générique de la responsabilité, identifiée à l'administration « réglée » d'une sanction, et en suivant pas à pas les imputations de responsabilité consécutives à un drame (le décès de travailleurs bangladais dans l'effondrement de leur usine), nous pouvons mettre au jour le travail d'entrepreneurs de la responsabilisation des entreprises occidentales, et celui des entreprises ciblées pour résister à l'établissement d'un devoir de protection des travailleurs hors du cadre de la stricte relation salariale.

The « corporate social responsibility » (CSR) notion is a victim of its own success. Exponential use of the term in the economic and academic worlds to designate the procedures by which corporations assume - or should assume - responsibility for negative externalities not covered by regulation goes tendentiously hand in hand with its reification. While the phenomenon unquestionably partakes of the institutionalization of the notion, the notion in turn prevents us from understanding the content of what is now presented in the form of a black box labeled « CSR » and how that content was constructed. This article, by contrast, focuses directly on the construction of extra-legal responsibilities for corporations, reducing the field of investigation to 1) the issue of western principals' obligations to the workers employed by their suppliers in southern countries, and 2) a situation of legal dispute rather than a deliberation arena. By adopting a generic definition of responsibility, identified here with the « regulated » administering of a sanction, and following step by step the imputations of responsibility that followed on a tragic event - the death of Bangladeshi workers when their factory collapsed - it brings to light the work of entrepreneurs for the cause of making western corporations responsible, as well as targeted companies' attempts to resist being officially required to protect workers beyond the limited framework of the wage-paying relationship.

Barraud de Lagerie P. (2011), D'un étiquetage à l'autre. Le mouvement anti-sweatshop entre dénonciation des entreprises et équipement des consommateurs, Sciences de la société, 80, p. 147-161

Cet article analyse la production de « dispositifs de jugement » qui n'ont pas pour seule finalité d'éclairer les consommateurs sur la qualité des produits, mais sont aussi conçus comme un instrument de réforme des pratiques des entreprises. L'auteur y étudie la construction d'outils de « prescription indirecte » à travers le cas du Collectif De l'Éthique sur l'Étiquette, qui milite en France pour l'amélioration des conditions de travail dans les pays du Sud. Pour transformer l'offre en agissant sur la demande, ce collectif a souhaité renseigner les consommateurs sur la « qualité sociale » des produits qu'ils achètent. Un tel projet supposait un certain nombre de choix métrologiques. Et l'on voit combien l'usage d'une démarche d'évaluation à des fins militantes peut se révéler délicate. Si le Collectif a su composer avec de nombreuses contraintes pour produire effectivement un dispositif d'évaluation de la qualité sociale, son refus de sanctionner positivement les entreprises a en revanche conduit sa démarche à l'échec.

Barraud de Lagerie P. (2009), Construire la qualité sociale : heurs et malheurs d'un projet militant, Sociologies pratiques, 1, 18, p. 121-132

Comment, lorsque l'expression du mécontentement n'advient pas spontanément, des "entrepreneurs de morale" opèrent-ils pour modifier le comportement des entreprises en mobilisant les forces consuméristes ? À partir du terrain de l'étude d'une organisation militante de consommateurs anti-sweatshops, l'auteur montre que la responsabilité des entreprises quant aux conditions de travail chez leurs fournisseurs se trouve au coeur d'une "entreprise de morale" dont les animateurs procèdent non seulement à l'étiquetage des entreprises et des activités déviantes, mais s'attachent aussi à rendre possible la protestation des consommateurs. Ce faisant, on met en évidence toutes les difficultés associées à l'usage du consommateur comme levier d'action.

How do "moral enforcers" modify the behavior of companies by mobilizing consumers when an expression of discontent fails to appear spontaneously? From a study of a militant anti-sweatshop consumer organization, the author shows that the responsibility of businesses with respect to the working conditions of the suppliers is at the heart of a "moral enterprise" where those involved not only label businesses and offending activities, but also ensure that consumer protest is made possible. Through this study, we demonstrate the difficulties associated with using consumers to instill action.

Barraud De Lagerie P., Prete G. (2007), LATOUR (Bruno), Changer de société, refaire de la sociologie, Paris, La Découverte, collection « Armillaire », 2006, Politix, 20, 79, p. 231-232

Barraud de Lagerie P. (2006), Quel consumérisme politique pour promouvoir la responsabilité sociale des entreprises ?, Gestion, 31, 2, p. 119-124

Cet article explore les modalités de la responsabilisation sociale des entreprises par le biais des consommateurs. À travers l'analyse de 10 années de mobilisation d'un réseau français de parties prenantes pour la défense des droits des travailleurs du Sud fabriquant des biens destinés aux consommateurs du Nord, il propose une réflexion sur les différentes formes de consumérisme politique visant à modifier les pratiques des enseignes de distribution dans le sens d'une meilleure prise en considération des conditions de travail dans les usines de leurs fournisseurs et sous-traitants. L'article met en lumière la complexité d'un projet qui nécessite de la part du réseau mobilisateur un réajustement stratégique permanent à l'aune des réactions des entreprises et des consommateurs. S'appuyant sur les catégories hirschmaniennes de «défection» et de «prise de parole», l'article s'interroge sur l'usage de ces deux modes d'expression du mécontentement des consommateurs dans le cas spécifique de la «qualité sociale». L'analyse des actions organisées par le réseau étudié met en évidence non seulement un raffinement progressif de son usage de la prise de parole, mais également le constat que son projet de label semblait inadapté à son objectif d'amélioration généralisée des conditions de production dans les pays du Sud.

This article explores corporate social responsibility from the perspective of political consumerism. Based on an analysis of 10 years of mobilization by a French network of advocates for the rights of workers in the South who produce goods destined for consumers in the North, the authors propose a reflection on the different forms of political consumerism aimed at modifying the practices of retail outlets by inciting them to take into account the working conditions in the factories of their suppliers or subcontractors. The article highlights the complexity of initiatives that require that advocacy networks constantly readjust their strategy in accordance with the reactions of businesses and consumers. Based on Hirschman's categories of "exit" and "voice," the article explores the use of these two forms of consumer protest in the specific case of "social quality." The analysis of the actions organized by the network studied here underscores not only its increasingly sophisticated use of voice, but also the ill-suited nature of its label project in light of its objective of bringing about a broad improvement in the conditions of production in countries in the South.

Chapitres d'ouvrage

Barraud De Lagerie P., Pilmis O. (2016), A la recherche de la "bonne formule". La lutte contre l'obésité, entre régulation des entreprises et gouvernement des consommateurs, in S. Dubuisson-Quellier . (dir.), Gouverner les conduites, Paris, Presses de Sciences Po, p. 335-364

Barraud De Lagerie P. (2015), Sociologie économique. Introduction, in C. Paradeise D. (dir.), Les sociologies françaises : héritages et perspectives, 1960-2010, Rennes, Presses universitaires de Rennes

Barraud De Lagerie P., Kessous E. (2015), La mise en marché des "données personnelles" ou la difficile extension du marché à la personne, in P. Steiner et M. Trespeuch . (dir.), Marchés contestés. Quand le marché rencontre la morale, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, p. 219-250

Barraud de Lagerie P. (2013), Objectiver la qualité sociale, in Vatin F. (dir.), Évaluer et valoriser? : une sociologie économique de la mesure, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, p. 229-246

L'audit social est une pratique est apparue dans les années 1990, dans le sillage d'une croisade morale conduite par des organisations militantes contre des entreprises qualifiées de « socialement irresponsables », du point de vue de la qualité des conditions de travail dans leurs unités de production - notamment leurs fournisseurs dans les pays « à risques ». Dans le cas des audits dits « de fournisseurs » (ou « seconde partie »), ce sont les donneurs d'ordres qui sollicitent l'évaluation (interne ou indépendante) de la conformité sociale de leurs fournisseurs sur la base du référentiel de leur choix. Cela leur permet de « connaître » le niveau de qualité sociale de leurs fournisseurs, de le rendre public pour répondre à la demande d'information émanant des parties prenantes, et de s'en saisir pour prendre un certain nombre de décisions (portées par des convictions morales, par la crainte de l'opprobre publique, ou encore par la croyance en l'existence d'un lien entre qualité des conditions de production et performances industrielles...). Dans cet article, nous analysons le travail de mesure et de catégorisation réalisé dans le cas d'un dispositif singulier d'évaluation de la conformité sociale. Créée en 2003, BSCI est une initiative européenne réunissant aujourd'hui 70 distributeurs et marques qui s'engagent à faire auditer leurs fournisseurs par des cabinets indépendants, sur la base d'un référentiel commun et d'une procédure standardisée. Nous procédons à l'analyse détaillée de l'outil que BSCI fournit aux auditeurs, afin d'en exhiber l'impact sur les étapes de codage et d'agrégation et d'expliciter ce qui est effectivement mis en équivalence dans les classes finales. Nous nous penchons ensuite sur la façon dont la mesure de la qualité sociale ainsi construite est mobilisée dans la définition et la mise en oeuvre, par les donneurs d'ordres, de mesures à l'égard de leurs fournisseurs.

Nouguez E., Bidet A., Barraud de Lagerie P. (2013), Ce que mesurer veut dire : disputes autour de la quantification et de la valuation en sociologie, in Vatin F. (dir.), Évaluer et valoriser : une sociologie économique de la mesure, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, p. 305-326

Barraud De Lagerie P., Bidet A., Nouguez E. (2013), Ce que mesurer veut dire : disputes autour de la quantification et de la valuation en sociologie, in F. Vatin . (dir.), Evaluer et Valoriser. Une sociologie économique de la mesure (2ème édition), Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, p. 305-326

Debril T., Anzalone G., Barraud de Lagerie P. (2011), Sociologie des activités marchandes, in Barthélémy F. (dir.), Sociologie de l'action organisée : nouvelles études de cas, Bruxelles, De Boeck, p. 165-174

Barraud de Lagerie P. (2011), Entre rationalité économique, normes professionnelles et interdépendances organisationnelles : les pharmaciens d'officine face à la demande de "dépannage", in Barthélémy F. (dir.), Sociologie de l'action organisée : nouvelles études de cas, Bruxelles, De Boeck, p. 175-198

Ce chapitre est tiré de mon mémoire de DEA. Construit sous la forme d'un cas, suivi de questions, et de leur corrigé, il vise à montrer aux étudiants comment on peut conduire une réflexion sur les déterminants de l'action des pharmaciens (en l'occurrence lorsque des patients sollicitent des médicaments pour lesquels ils n'ont pas l'ordonnance requise), en tant qu'elle est triplement contrainte par une réglementation professionnelle, des obligations (légale et éthique) de santé publique, et un intérêt commercial.

Barraud de Lagerie P. (2010), Quand l'efficacité anticipée d'une institution entrave sa pleine genèse. La construction de la norme Iso 26000 sur la responsabilité sociale, in François P. (dir.), Vie et mort des institutions marchandes, Paris, Presses de Science Po, p. 169-194

S'inscrivant dans un ouvrage consacré aux « institutions du marché », ce chapitre se penche sur l'un des champs où les enjeux de la normalisation sont les plus lourds et se déploient dans tous les secteurs des économies contemporaines : celui de la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE). Nous y étudions comment les acteurs économiques (consommateurs, ONG, syndicats, gouvernements, entreprises, consultants, etc.) ont tenté de normaliser l'acception qu'ils pouvaient avoir de la RSE, en créant, de manière délibérée, une norme de RSE. Les différents acteurs engagés dans la construction de la norme s'accordent pour anticiper l'efficacité de la norme ISO 26000. Sur la base de cette anticipation partagée, les calculs des différents acteurs divergent. Pour les consommateurs, l'institutionnalisation anticipée de la norme ISO 26000 est un phénomène positif : la nouvelle institution servira de repères cognitifs sur des marchés mal lisibles. Pour les consultants, la mise en place de la norme ISO 26000 est synonyme de développements de nouveaux marchés : puisqu'ils anticipent que les entreprises souhaiteront se faire certifier, ils pourront proposer leurs prestations - et ce quel que soit le contenu du label. Pour les ONG, les syndicats et les gouvernements, l'anticipation de l'institutionnalisation d'ISO 26000 est également positive, puisqu'elle incitera les entreprises à amender leur mode de production. Mais ces trois populations s'accordent pour penser que mieux vaut une absence de labels qu'un mauvais label. Ils vont donc rejoindre les entreprises qui, elles, s'opposent, à la certification pour des raisons très différentes : elles ne savent pas ce que la future norme recouvrira, et ne souhaitent pas par conséquent que l'institutionnalisation réussisse pour ne pas risquer de se trouver contraintes de respecter des normes exorbitantes. En fin de compte, la norme naissante se verra privée de ce qui en aurait rendu l'institutionnalisation presque inévitable : la certification. C'est sur cette base que les négociations d'ISO 26000 se sont engagées et achevées, l'efficacité anticipée d'ISO 26000 entravant finalement sa pleine institutionnalisation.

Barraud de Lagerie P. (2009), Objectiver la qualité sociale, in Vatin F. (dir.), Évaluer et valoriser? : une sociologie économique de la mesure, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, p. 229-245

L'audit social est une pratique est apparue dans les années 1990, dans le sillage d'une croisade morale conduite par des organisations militantes contre des entreprises qualifiées de « socialement irresponsables », du point de vue de la qualité des conditions de travail dans leurs unités de production - notamment leurs fournisseurs dans les pays « à risques ». Dans le cas des audits dits « de fournisseurs » (ou « seconde partie »), ce sont les donneurs d'ordres qui sollicitent l'évaluation (interne ou indépendante) de la conformité sociale de leurs fournisseurs sur la base du référentiel de leur choix. Cela leur permet de « connaître » le niveau de qualité sociale de leurs fournisseurs, de le rendre public pour répondre à la demande d'information émanant des parties prenantes, et de s'en saisir pour prendre un certain nombre de décisions (portées par des convictions morales, par la crainte de l'opprobre publique, ou encore par la croyance en l'existence d'un lien entre qualité des conditions de production et performances industrielles...). Dans cet article, nous analysons le travail de mesure et de catégorisation réalisé dans le cas d'un dispositif singulier d'évaluation de la conformité sociale. Créée en 2003, BSCI est une initiative européenne réunissant aujourd'hui 70 distributeurs et marques qui s'engagent à faire auditer leurs fournisseurs par des cabinets indépendants, sur la base d'un référentiel commun et d'une procédure standardisée. Nous procédons à l'analyse détaillée de l'outil que BSCI fournit aux auditeurs, afin d'en exhiber l'impact sur les étapes de codage et d'agrégation et d'expliciter ce qui est effectivement mis en équivalence dans les classes finales. Nous nous penchons ensuite sur la façon dont la mesure de la qualité sociale ainsi construite est mobilisée dans la définition et la mise en oeuvre, par les donneurs d'ordres, de mesures à l'égard de leurs fournisseurs.

Communications

Barraud De Lagerie P. (2016), Conflicts of Responsibility in the Globalized Textile Supply Chain. Lessons of a Tragedy., SASE 28th Annual Conference, Berkeley, UNITED STATES

Barraud De Lagerie P. (2013), The Wages of Sweat : A Social History Perspective on the Fight Against Sweatshops, SASE 25th Annual Conference, Milan, Italy

Barraud De Lagerie P. (2012), La mesure de la qualité des conditions de travail dans les usines des pays du Sud. Réflexions sur l'audit social comme forme privée d'inspection du travail, XIIIèmes JIST, Journées Internationales de Sociologie du Travail, Bruxelles, Belgium

Barraud De Lagerie P., Kessous E. (2012), Surfer sur les incertitudes de l'économie numérique. Inquiétudes citoyennes et promesses marchandes quant à l'exploitation des données personnelles dans le secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC), XIXème congrès de l'AISLF, Rabat, Morocco

La question de la protection de la vie privée devient un sujet majeur avec le développement d'Internet et de la téléphonie mobile. Les modèles économiques du numérique reposent de plus en plus sur l'exploitation des données clients de manière à personnaliser les services et à procéder au ciblage publicitaire. Les entreprises des TIC font cependant face à une contestation croissante, et une attention à ces évolutions commence à se faire jour auprès des instances de régulation. Dans cette communication, nous montrerons d'abord comment différents lanceurs d'alerte ont mis à l'agenda le problème de la « privacy » en attirant l'attention des « simples usagers » sur les risques liés à l'usage incertain des données confiées aux entreprises web et mobile, ou captées par celles-ci (à qui sont-elles transmises, avec quelle sécurité, quelle finalité etc.?).Nous montrerons ensuite comment certaines entreprises répondent à la critique en mettant en place des dispositifs de promesse/garantie supposés lever une partie des incertitudes relatives à leur exploitation effective des données personnelles des clients (chartes d'engagement, clauses de non-diffusion etc.).Par son matériau (i.e. la communication des militants et des entreprises) et par son objet (i.e. les conséquences incertaines - sur la vie privée des individus - de l'utilisation des nouveaux moyens de communication), notre communication constituera ainsi une double contribution au thème « communiquer dans un monde incertain ».

Barraud de Lagerie P. (2011), A la recherche de la « bonne formule ». Enquête sur le travail de recomposition des produits dans l'industrie agroalimentaire, IVème Congrès de l'Association française de Sociologie, Grenoble, France

L'industrie agroalimentaire fait aujourd'hui l'objet d'injonctions croissantes quant à la prise en compte des effets de ses produits sur la santé des consommateurs, en particulier dans le cadre de la lutte contre l'épidémie d'obésité. Interpellées par les associations militantes, sensibilisées par les pouvoirs publics, un certain nombre d'entreprises du secteur se sont trouvées contraintes de revoir leur offre de produits. Cette communication portera sur le travail effectué par quelques-unes de ces entreprises pour « recomposer » leurs produits, suivant deux procédés principaux : un surcroît d'information sur la composition des produits d'une part, une modification de la composition des produits d'autre part. A partir d'une enquête qualitative au sein de quelques entreprises agroalimentaires , nous entendons éclairer le travail prospectif de mise à l'épreuve de leurs projets d'innovation (comment, en amont, les services de recherche et développement testent de nouvelles formules - de produits, d'emballages, de publicités... - pour redéfinir une offre conforme aux attentes des militants et des pouvoirs publics, mais aussi des consommateurs), ainsi que les effets de la mise en oeuvre de certains de ces projets sur le travail dans les différents services (production, marketing, packaging...).

Documents de travail

Barraud De Lagerie P. (2016), Chaînes globales de valeur et audit social, Département de la recherche, BIT, Genève, 72

La mondialisation ne se réduit pas à une extension de la sphère des échanges commerciaux à l'échellede la planète; elle prend aussi la forme d'une internationalisation de la production et de la division dutravail. Ainsi, les travailleurs des pays du Sud fabriquent désormais une grande part des produits venduspar des firmes occidentales à des consommateurs occidentaux. Cette configuration des «globalcommodity chains» (Gereffi, 1999) ou «global value chains» (Bair, 2010; Palpacuer et Balas, 2010;Gereffi, 2014) pose à nouveaux frais la question qui fut au coeur de la reconnaissance de la relationsalariale à ses débuts: celle de l'asymétrie entre les travailleurs et les détenteurs du capital, et de laresponsabilité subséquente de ceux-ci envers ceux-là. C'est dans ce contexte que se sont développés, aucours des dernières décennies, deux mouvements étroitement reliés: d'une part, l'essor d'unmilitantisme anti-sweatshop (le terme «sweatshop» étant utilisé pour évoquer des lieux de production nerespectant pas les droits fondamentaux des travailleurs); d'autre part, le déploiement de politiques dites«de RSE» (renvoyant à la thématique d'une Responsabilité sociale des entreprises) dans les entreprises,notamment multinationales.

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