Curriculum vitae

Benquet Marlène

Chargé de recherche CNRS
IRISSO

marlene.benquetping@dauphinepong.fr

Publications

Articles

Benquet M. (2013), Le circuit de secours syndical. Quand représentants patronaux et syndicaux cogèrent les conflits professionnels, Agone, 50

Martin E., Marichalar P., Benquet M. (2010), Responsabilités en souffrance. Les conflits autour de la souffrance psychique des salariés d'EDF-GDF (1985-2008), Sociétés contemporaines, 3, 79, p. 121-143

L'article analyse le traitement de la souffrance psychique des salariés au sein des entreprises Électricité de France-Gaz de France entre 1985 et 2008, à partir d'un dépouillement exhaustif des procès-verbaux d'une instance nationale. Il entend montrer que l'émergence et les problématisations du thème de la souffrance psychique sur la période ne peuvent être comprises sans tenir compte des débats préexistants sur la responsabilité des accidents, de l'identité des personnes qui le mobilisent, et des argumentations qu'il permet.

Benquet M. (2010), Le nouvel esprit du capitalisme aux prises avec les nouvelles radicalités professionnelles, Actuel Marx, 1, 47, p. 80-99

The period 2008-2009 has seen a spate of workplace conflicts obeying a common logic in terms of the modes of mobilisation. The conflicts emerge inside the sphere of production. They occur in the wake of the announcement of a partial or total suspension of production and their stated goal is to save jobs and/or to negotiate redundancy payments going beyond the legal entitlement. The aim of the article is to confront the paradigm which Luc Boltanski and Eve Chiapello formulated in The New Spirit of Capitalism in order to articulate the concepts of the civic and the critical to the features of the new discursive protocols which have emerged in the context of these recent conflicts. The article addresses two questions. The hypothesis put forward is that the discursive protocol which those promoting militant action draw upon goes beyond a model of intelligibility that is fundamentally built around the reference to a corrective critique and thus fails to take account of the place in which the discourse of radical critique is actually rooted.

Benquet M. (2010), The reasons for a labor action: On the improbable mobilization of hypermarket wage earners, Sociologie du travail, 52, 3, p. 305–322

Le premier février 2008, les trois organisations syndicales Force ouvrière, la Confédération française démocratique du travail et la Confédération générale du travail appellent à la première journée nationale de grève dans la grande distribution. Le 2 février, le mouvement n'est pas reconduit nationalement, mais les salariés de l'hypermarché marseillais Hypermag Grand Large entament une grève de 16 jours pour demander une prime exceptionnelle de 250 euros, le passage des salariés en temps partiel contraint à temps complet et l'augmentation des tickets-restaurants de 3,05 à 5 euros. L'objectif de cet article est de rendre compte du temps - à ce moment-ci - et de l'espace - à cet endroit-là - de la mobilisation, en questionnant le couple conceptuel intérêt objectif/ressources disponibles, qui dans ses déclinaisons marxiste, puis bourdieusienne, d'une part, et utilitariste, d'autre part, tend à faire des mobilisations portées par des salariés précaires aux ressources limitées des mouvements pour le moins « improbables ». En redéfinissant la notion d'intérêt à l'action collective sur un terrain subjectif, il s'agit ici de mettre en évidence les processus matériels conduisant à l'élaboration du constat selon lequel « ce n'est pas juste », pour comprendre comment ce qui était perçu comme supportable finit par ne plus l'être.

For the first time on 1 February 2008, three French labor unions (Force Ouvrière, Confédération Française Démocratique du Travail and Confédération Générale du Travail) called for a nationwide strike in hypermarket chains. Although the unions did not prolong the action on February 2, the wage earners of Hypermag Grand Large in Marseille went on strike for 16 days, demanding a special bonus of EUR 250, the recruitment of employees forced to work part-time into full-time positions and an increase in the employer's share in meal tickets (from EUR 3,05 to EUR 5,00). To explain why this movement occurred at that time and place, these employees' objective interests and available resources are examined. This pair of concepts (as used in Marxism and then in the thought of Pierre Bourdieu, on the one hand, and, on the other, in utilitarian versions) suggests that labor actions by wage earners holding insecure jobs and having limited resources are improbable. Redefining the concept of the "interest" for a collective action in terms of subjective criteria helps us understand how what used to be tolerable ceases to be so, thus shedding light on the material processes that lead to forming the opinion "It's not fair".

Trachman M., Benquet M. (2009), Actualité des échanges économico-sexuels, Genre, sexualité & société, 2

Ouvrages

Benquet M. (2013), Encaisser ! Enquête en immersion dans la grande distribution, Paris, La Découverte, 333 p.

À la fin des années 2000, la sociologue Marlène Benquet a mené pendant trois ans une enquête dans une des principales entreprises françaises de grande distribution : d'abord devenue caissière, elle a ensuite fait un stage au siège du groupe et un autre au sein de l'organisation syndicale majoritaire. C'est le résultat de cette enquête hors norme qu'elle restitue dans ce livre, assez stupéfiant par ce qu'il révèle sur les « dessous » de la grande distribution. L'identité des fondateurs (« des épiciers ») a été bouleversée par l'arrivée de nouveaux actionnaires financiers : le management par la promotion a largement disparu, et l'ensemble des salariés accepte mal ce qu'ils vivent comme une perte d'autonomie et une insécurité grandissante. Dès lors, pourquoi acceptent-ils d'« encaisser » ces réorganisations fragilisantes ? Pour mieux comprendre, il fallait vivre leur vie : « Je voulais savoir ce que cela faisait d'être caissière pour comprendre pourquoi elles ne se révoltaient pas ou, en tout cas, moins que dans d'autres secteurs professionnels. » Au sein du siège, le cloisonnement est de règle : les badges ne donnent accès qu'à l'étage où est situé son propre bureau, impossible de se déplacer dans d'autres services sans une bonne raison, les informations circulent peu et mal. Quant à l'organisation syndicale majoritaire, comment a-t-elle réussi à s'implanter ? Comment contribue-t-elle à la paix sociale ? Ni l'« adhésion » ni la répression ne suffisent à expliquer pourquoi les salariés s'investissent dans leur travail malgré un environnement oppressant et des rémunérations peu motivantes. Plus proche de la technique d'un joueur de go que d'un amateur d'échec, les stratégies patronales neutralisent les salariés, mais ne les soumettent pas.

Benquet M. (2011), Les damnées de la caisse? : enquête sur une grève dans un hypermarché, Bellecombes-en-Bauges, Éd. du Croquant, 238 p.

Le 1er février 2008, les caissières d'un hypermarché du sud de la France ont décidé de se mettre en grève pour demander une prime exceptionnelle de 250 euros, le passage à temps complet des salariées employées à temps partiel contraint et l'augmentation des tickets-restaurant de 3,05 à 5 euros. En dépit de l'inexpérience militante de la grande majorité d'entre elles, la grève a été reconduite tous les matins pendant 16 jours. Cette enquête sur le quotidien d'un hypermarché, les conditions de travail, mais aussi les relations professionnelles, les aspirations et les déceptions de ces caissières, tente de montrer comment cette mobilisation, improbable au regard de leurs caractéristiques sociales, a été possible. Pourquoi sur les 75 000 personnes employées en France dans des hypermarchés, ces employées-là se sont-elles mobilisées, et pourquoi à ce moment-là ? Montrer quelles sont les conditions de la révolte, comment naît et se propage un jugement d'injustice, pourquoi ce qui était perçu comme supportable finit par ne plus l'être : tels sont les objectifs de cette enquête conduite dans un secteur exemplaire du triple mouvement de précarisation, de tertiarisation et de féminisation du marché de l'emploi contemporain.

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