Curriculum vitae

Henry Emmanuel

Professeur des universités
IRISSO

emmanuel.henryping@dauphinepong.fr
Tel : 0144054638
Bureau : B611
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Biographie

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Publications

Articles

Counil E., Henry E. (2016), Producing Ignorance Instead of Knowledge ? Scientific Expertise in Occupational Health, Travail et emploi, 4, 148, p. 5-29

Cet article analyse les effets du recours croissant à l'expertise scientifique dans l'élaboration et la mise en oeuvre des politiques de santé au travail. S'appuyant sur des exemples (valeurs limites et fractions attribuables) abordés lors d'un séminaire interdisciplinaire organisé en 2014-2015, il montre comment l'adoption d'un outil de mesure ou de régulation issu de disciplines biomédicales induit des points aveugles dans la définition et la prise en charge d'un enjeu. Il analyse également à partir d'autres exemples les effets plus indirects de cette évolution, qui limite les possibilités d'intervention des organisations syndicales. Il invite aussi à s'interroger sur la place des sciences humaines et sociales et des savoirs de terrain, notamment dans la mise au jour des dimensions conflictuelles de ces enjeux, souvent occultées par l'expertise institutionnelle. Il propose enfin l'ouverture aux non-spécialistes d'un large débat politique sur les questions collectives de santé au travail, rendu plus difficile par leur définition en termes technoscientifiques.

This paper analyses the consequences of the increasing reference to scientific expertise in the decision and implementation process of occupational health policy. Based on examples (exposure limits and attributable fractions) taken from an interdisciplinary seminar conducted in 2014-2015, it shows how the measurement or regulation of a problem through biomedical sciences produces blind spots. More indirect implications are also examined through other examples, such as the limitation of trade unions' scope for action. The potential contribution of social sciences and field knowledge is also questioned, notably to uncover the conflicting dimensions of such issues, often rendered invisible by institutional norms of expertise. Finally, the paper suggests launching a broad political debate accessible to non-specialists about collective occupational health issues, a dialogue made difficult by the rise of the afore-mentioned techno-scientific perspective.?

Gilbert C., Henry E. (2012), La définition des problèmes publics : entre publicité et discrétion, Revue française de sociologie, 53, 1, p. 35-59

Les travaux sur la construction des problèmes publics et sur leur mise à l'agenda tendent à privilégier les épisodes les plus publics en insistant sur leurs aspects cognitifs. Cet article propose de renouveler ces approches en soulignant tout d'abord l'importance des définitions données aux problèmes publics. Définitions qui, de manière concomitante, correspondent à des processus cognitifs et sociaux, renvoyant à des pratiques de confrontation et/ou de négociation entre différents groupes d'acteurs. Il invite ensuite à déplacer le regard des arènes les plus publiques pour les porter vers des espaces plus discrets de production de l'action publique. Si les risques collectifs et les questions sanitaires constituent les principaux terrains de recherche à l'origine de ce texte, ce dernier ouvre des pistes pour l'étude de l'ensemble des problèmes publics.

Whereas existing studies of how public problems are constructed emphasize markedly public episodes in the process and are likely to take a cognitive approach, this text seeks to move beyond those limits and show a possible path to renewing such study. It first undertakes to show that problem-defining processes are concomitantly cognitive and social and that they involve practices of confrontation and/or negotiation between different actor groups. It then suggests the usefulness of shifting the focus from clearly public arenas to the more « discreet », less visible spaces in which public policy is produced. The initial areas of research - collective risks and public health issues - are used here to open up avenues for studying all categories of public problems.

Henry E. (2011), Nouvelles dynamiques de savoirs et permanence des rapports de pouvoir, Revue française de science politique, 61, 4, p. 707-726

Cet article analyse les transformations contemporaines de la production de connaissances et d'expertise en santé au travail en replaçant ces évolutions avec les spécificités et les évolutions récentes de ce secteur d'intervention publique. Après avoir montré comment les changements des politiques de santé publique contraignent à un certain nombre de transformations dans le domaine de la santé au travail, notamment en obligeant à créer de nouvelles instances d'expertises, cet article analyse comment l'expertise des risques professionnels s'institutionnalise et les effets induits sur les modalités de la prise de décision dans ce domaine. Il montre qu'au-delà de bouleversements importants, les rapports de pouvoir qui caractérisent ce domaine d'intervention restent relativement stables. Au delà du cas de la santé au travail, cet article invite à reposer les questions de la production de connaissances et de l'expertise en les mettant en perspective avec les rapports de force qui structurent un secteur d'intervention publique.

This article analyses contemporary changes in the production of knowledge and expertise pertaining to occupational health, by relating them to the characteristics of this public policy sector and recent developments within it. The article first shows how changes in public health policy necessarily induce certain changes in occupational health, for instance by making the creation of new expert agencies mandatory. It then examines the institutionalization of expertise on occupational risks, along with the impact this has on the modalities of decision making in a specific field. It explains that in spite of huge changes, the power relations characterizing this public policy domain remain relatively stable. Finally, apart from the case of occupational health, this article raises the question again of the production for knowledge and expertise, by relating them to the power plays structuring a public policy sector.

Carricaburu D., Henry E. (2010), Méconnaissances de la santé au travail, Sciences sociales et santé, 28, 2, p. 5-9

Henry E., Jouzel J-N. (2008), Les politiques de santé au travail au prisme de la sociologie de l'action publique, Santé Publique, 20, HS, p. 181-189

Cet article propose de montrer en quoi les approches sociologiques de l'action publique sont utiles pour comprendre la spécificité politique du champ de la santé professionnelle en France, même si elles sont encore rares sur cette question. Ces approches nous aident à comprendre comment ce champ est structuré par des compromis entre les administrations et les représentants des employeurs et des employés, et comment ces compromis contribuent à rendre publiquement peu visibles les maladies professionnelles. Elles nous permettent également de voir comment ces compromis sont affaiblis par une série de transformations contemporaines : diversification des porte-parole des salariés, importance croissante des victimes et judiciarisation des conflits autour de ces questions. Elles nous aident enfin à comprendre les résistances que ce champ offre à ces changements.

The article attempts to show how sociological approaches to public policy can be useful to understand the political specificity of the field of occupational health in France, although they remain rare on that question. They help us to understand how this field is structured through established compromises between interested parties including administrations, employers and employees' representatives, and how these compromises contribute to the relative public invisibility of occupational diseases. They also make it possible to see how these compromises are weakened by a series of contemporary evolutions: diversification of the employees' political and decision-making representation, increasing importance of the victims and of litigation arising from conflicts over these issues. Finally, they help us to describe the way this field resists these changes.

Henry E. (2008), Présentation du numéro Sécurité routière, Réseaux, 26, 147, p. 9-18

Le paradoxe des politiques de sécurité routière est qu'elles sont à la fois très visibles si l'on s'attache à leur formulation la plus publique et, au contraire, beaucoup plus difficiles à circonscrire si l'on prend en compte l'ensemble des acteurs dont l'activité intervient de façon directe ou indirecte sur la production de l'insécurité routière. Ce dossier sur la sécurité routière entend rendre compte de ce paradoxe en présentant une série de travaux qui éclairent de façon plurielle et diversifiée non seulement le processus de production de l'action publique, mais aussi les processus de production des discours publics sur ce problème.

Henry E. (2005), Militer pour le statu quo : le Comité permanent amiante ou l'imposition réussie d'un consensus, Politix, 70, p. 29-50

Cet article analyse les logiques selon lesquelles des organisations arrivent à rassembler des acteurs aux intérêts et aux objectifs différents dans le but de concourir à renforcer des équilibres dont plusieurs vont à l'encontre des intérêts de certains de leurs membres. L'étude du Comité permanent amiante (CPA), un groupe créé par les industriels pour promouvoir l'« usage contrôlé de l'amiante », permet de mettre en évidence certains de ces mécanismes et leurs effets. L'enrôlement d'acteurs, tels que les organisations syndicales, s'explique principalement par la multiplicité des buts défendus par l'institution et par les hiérarchisations différentes de ces objectifs au sein des multiples arènes qui la composent. Pour autant, ces mécanismes ne fonctionnent que dans la mesure où ils interviennent en renfort de logiques sociales qui dépassent largement cette organisation et renvoient à la place des industriels dans les dispositifs de gestion du risque professionnel.

Henry E. (2004), Quand l'action publique devient nécessaire : qu'a signifié « résoudre » la crise de l'amiante ?, Revue française de Science politique, 54, 2, p. 289-314

Cet article analyse l'influence de la forte publicité faite à un problème sur les modalités de sa gestion politique et administrative à partir du cas de l'amiante lors de son épisode de forte publicisation, en 1994-1996. La dimension la plus visible de ce processus est la contrainte à devoir agir de façon spectaculaire, imposée au personnel politique. Pourtant, cet aspect du processus ne doit pas masquer les logiques propres à certains secteurs administratifs dans leur gestion plus autonome du problème. L'analyse de ces logiques révèle que, si la publicisation joue un rôle, c'est à travers des prismes différents selon les secteurs administratifs concernés, tous n'étant pas sensibles de la même manière à la publicité.

The article focuses on the asbestos crisis (between 1994 and 1996) with a view to analyzing the consequences of the strong publicity associated with this issue's political and management process. Most obvious in such a process was the necessity for political actors to act in a spectacular way. However this cannot cover the specific logic of certain administrative sectors in the management of the problem. The analysis of such logic demonstrates that in spite of publicity's influence each administrative sector concerned responded differently due to their own specificity and predisposition to publicity.

Henry E. (2003), Du silence au scandale, Réseaux, 21, 122, p. 237-272

Cet article analyse quelques-unes des logiques de fonctionnement de l'espace médiatique qui peuvent expliquer que la question de l'amiante passe en quelques mois du statut de problème méconnu et/ou perçu comme peu intéressant à celui d'affaire ou de scandale de santé publique de premier plan. Sont principalement mis en évidence : 1. la forte prégnance dans le groupe des journalistes de routines professionnelles de sélection (quelle information est jugée pertinente ?) et de construction (comment intéresser le public ?) de l'information ; 2. la profonde dépendance du champ de production de l'information vis-à-vis de groupes sociaux extérieurs à leur secteur d'activités qui contribuent à définir le problème tel qu'il apparaît publiquement. Cet article met aussi en évidence certaines spécificités des parcours empruntés par les définitions marginales d'un problème pour acquérir droit de cité dans l'espace médiatique.

This article analyses some of the logics underlying the functioning of the media sphere that could explain why, within a few months, the asbestos issue switched from a misjudged problem and/or one seen as being of little interest, to a full-blown public health scandal. It highlights first the importance, in journalism, of professional routines of selection (what news is considered relevant) and construction (how to interest the public) of news; and second, the profound dependence of the field of news production on outside social groups that contribute to the definition of the problem as it appears publicly. Some of the characteristics of trajectories leading from marginal definition of a problem to take-up in the media are described.

Henry E. (2003), Intéresser les tribunaux à sa cause, Sociétés contemporaines, 52, p. 39-59

Cet article revient sur les analyses en termes de judiciarisation pour souligner que tous les secteurs sociaux ou tous les domaines juridiques ne sont pas touchés de façon uniforme par ces processus. L'amiante, en tant que toxique professionnel régulé par le droit social, est un exemple particulièrement significatif de problème n'arrivant qu'exceptionnellement à intéresser les tribunaux. Au-delà de l'analyse des raisons expliquant la faible judiciarisation de ce problème, cet article analyse le processus par lequel l'amiante a acquis le statut de problème susceptible de recevoir une traduction judiciaire. Les mobilisations de victimes et le travail de plusieurs associations ont joué ici un rôle central. Leur analyse est l'objet principal de ce texte.

This article reconsiders the analysis in terms of «judiciarisation» stressing that every social sector or every legal field are not touched in a uniform way by those processes. The asbestos issue, as an occupational toxic controlled by the social law, is a significant example of problem managing rarely of interest to the courts. Beyond the analysis of the reasons explaining the weak «judiciarisation» of this problem, this article analyzes the process by which asbestos acquires the statute of problem likely to receive a legal translation. The mobilizations of victims and the work of several associations play here a central part.

Ouvrages

Boudia S., Henry E. (2015), La mondialisation des risques. Une histoire politique et transnationale des risques sanitaires et environnementaux, Rennes, Presses universitaires de Rennes

Le thème de la mondialisation occupe une place croissante dans les débats publics. Cet ouvrage traite des dimensions les moins visibles du phénomène : la mondialisation des risques sanitaires et environnementaux. Qu'il s'agisse de catastrophes majeures, comme Bhopal, Tchernobyl ou Fukushima, ou des effets délétères des pesticides et des polluants chimiques, ces risques se déploient à des échelles inédites et font l'objet d'une attention accrue de la part d'un ensemble d'acteurs. Rédigé par un collectif de chercheurs en sciences humaines et sociales (sociologie, science politique, anthropologie, sociologie et histoire des sciences), ce recueil d'articles propose une histoire politique et transnationale de la mondialisation des risques sanitaires et environnementaux, en explorant un ensemble de situations et de dynamiques scientifiques, institutionnelles, sociales et politiques. Attentif aux tensions et aux asymétries de pouvoir ainsi qu'à la temporalité et à la spatialisation, il montre que cette mondialisation résulte d'un fort investissement politique et soulève des questions fondamentales liées aux modes de gouvernement des sociétés contemporaines.

Henry E. (2007), Amiante? : un scandale improbable? : sociologie d'un problème public, Rennes, 308 p.

Aujourd'hui, l'amiante est définie comme un scandale de santé publique, mais il n'en a pas été toujours ainsi. Cet ouvrage montre que c'est lorsque le risque lié à l'amiante a été redéfini comme un risque environnemental menaçant l'ensemble de la population que l'intérêt à son égard a pu être élargi. Et au-delà, ce livre fournit des clés d'analyse originales pour comprendre les processus de la sociologie des problèmes publics.

Direction d'ouvrages

Henry E., Gilbert C., Jouzel J-N., Marichalar P. (2015), Dictionnaire critique de l'expertise : santé, travail, environnement, Paris, 375 p.

Les scandales sanitaires qui ont secoué la France et les pays occidentaux au cours des dernières décennies ont mené à la création d'agences chargées d'évaluer les risques en matière de santé publique et d'environnement, tandis que les injonctions à une expertise toujours plus indépendante, transparente, objective et scientifique se sont multipliées.Pourtant, les pratiques restent souvent éloignées de ces impératifs. Compromis toujours « impur » entre science et politique, l'expertise résulte largement de luttes se jouant bien en amont, autour de la production de connaissances, qui mobilise une multitude d'intervenants : chercheurs, agents administratifs, collectifs de victimes, industriels, lobbyistes, journalistes, lanceurs d'alerte, etc.À destination des praticiens, étudiants et enseignants, ce premier dictionnaire consacré à l'expertise sanitaire en décrit les usages, notions et concepts en quelque 40 notices. S'appuyant sur les recherches les plus récentes, il rend compte à la fois des contextes institutionnels dans lesquels l'expertise s'inscrit et des acteurs qui y participent ou en subissent les conséquences.

Gilbert C., Henry E. (2009), Comment se construisent les problèmes de santé publique, Paris, 290 p.

Radiations, infections nosocomiales, périnatalité, canicule, antennes relais de téléphonie mobile, sécurité routière, amiante, chikungunya, éthers de glycol, toxicomanie, bruit, démographie médicale, tremblante du mouton... Alors que la France a connu ces dernières années d'importantes crises sanitaires, nombre de phénomènes tendent à être considérés comme des problèmes de santé publique. Or ni cette qualification ni la mise en oeuvre d'une action publique correspondante ne vont de soi. En témoignent les différences de traitement de situations qui sont rendues publiques ou font l'objet d'alertes plus ou moins confidentielles.Les processus par lesquels une situation devient ou non un problème de santé publique et fait ou non l'objet d'une intervention sont abordés de front dans cet ouvrage. La question des « luttes définitionnelles », des acteurs et processus qui construisent et portent ces définitions en constitue le fil conducteur. L'un des apports des contributions rassemblées, qui mobilisent différentes approches de sciences sociales, est de prêter la même attention aux contours publics, voire médiatiques, d'un problème qu'à ses caractéristiques dans des arènes plus dis-crètes lorsqu'il est traité entre spécialistes du domaine. Une attention particulière est aussi accordée à la dynamique de ces processus de définition sur un temps long. Les auteurs montrent également que les luttes ou négociations autour de la définition d'un problème sont aussi des conflits de pouvoir entre différents acteurs ou groupes d'acteurs.Une réflexion qui permet une meilleure compréhension des conditions d'émergence et de reconnaissance des problèmes publics et de l'engagement de l'action publique.

Campana A., Henry E., Rowell J. (2007), La construction des problèmes publics en Europe : émergence, formulation et mise en instrument, Strasbourg, 252 p.

Bien que les politiques publiques européennes soient l'objet d'une attention croissante, peu de travaux se sont intéressés à une question pourtant classique de la science politique, celle de la construction des problèmes. Comment et pourquoi les problèmes publics deviennent-ils des préoccupations à l'échelle européenne ? Sous quelles formes viennent-ils à l'Europe ? Par quels acteurs sont-ils portés ? Comment le traitement des problèmes publics au niveau européen transforme-t-il leurs contenus ? Quels effets exerce l'Europe sur les problèmes publics et sur l'action publique dans les États membres de l'Union européenne ? L'analyse de l'espace politique européen transforme-t-elle les outils d'analyse des sciences sociales du politique ? Toutes ces questions étudiées dans les espaces nationaux sont paradoxalement peu investies sur le terrain européen.Réunissant les contributions de spécialistes de l'analyse des politiques publiques et/ou de l'Union européenne, cet ouvrage entend aborder explicitement la question de la construction des problèmes publics dans l'Union européenne. En confrontant différents points de vue, il permet de faire un premier état des lieux des travaux existants, d'en souligner les richesses et d'en pointer les lacunes. Il a aussi pour but d'encourager à poursuivre des recherches dans cette perspective afin de renouveler certaines recherches sur l'Europe ou les politiques publiques.

Chapitres d'ouvrage

Borraz O., Henry E. (2015), Sciences sociales, in Emmanuel Henry C. (dir.), Dictionnaire critique de l'expertise. Santé, travail, environnement, Paris, Presses de Sciences Po, p. 286-293

Quel rôle jouent les sciences sociales dans les processus d'expertise ? Dans le sillage de grands scandales sanitaires (en France, sang contaminé, hormone de croissance, amiante, etc.), la place laissée à ces discipline n'a cessé de croître, tant sous la pression des autorités publiques qu'à l'initiative des agences d'évaluation des risques [Bas-Théron et al., 2011]. Il reste que les modalités d'association des sciences sociales à l'expertise restent aujourd'hui très hétérogènes : depuis le simple accompagnement « aval » à la gestion des risques, sous la forme d'une aide à la communication, jusqu'à une interrogation des processus politiques et sociaux qui, en amont de l'évaluation des dangers, concourent à définir les questions posées aux groupes d'experts.

Crespin R., Henry E. (2015), Savoir(s), in Emmanuel Henry C. (dir.), Dictionnaire critique de l'expertise. Santé, travail, environnement, Paris, Presses de Sciences Po, p. 273-279

L'expertise est classiquement analysée comme une étape intermédiaire qui s'intercalerait entre la production de savoirs - dévolue à la science - et la décision, au cours de laquelle les premiers seraient simplement utilisés et mobilisés par les experts pour orienter la seconde. Dans cette perspective, les savoirs resteraient inchangés durant l'expertise et feraient uniquement l'objet d'un usage de la part des experts dans le but de répondre aux questions posées par les décideurs. Certains chercheurs insistent bien sur le fait que les experts sont conduits à sortir de leur rôle de scientifique au cours de l'expertise, conduisant à faire dire à la science plus qu'elle ne le peut [Roqueplo, 1997]. Cependant, au-delà de ce constat, il n'y a pas eu de réflexion spécifique sur ce que produit ce positionnement de l'expert sur les savoirs mobilisés.

Boudia S., Henry E. (2015), Pour une histoire politique des transnationalisations des risques sanitaires et environnementaux, in Boudia Soraya et Henry Emmanuel . (dir.), La mondialisation des risques. Une histoire politique et transnationale des risques sanitaires et environnementaux, Rennes, Presses universitaires de Rennes, p. 9-23

Le thème de la mondialisation occupe une place croissante dans les débats publics. Cet ouvrage traite des dimensions les moins visibles du phénomène : la mondialisation des risques sanitaires et environnementaux. Qu'il s'agisse de catastrophes majeures, comme Bhopal, Tchernobyl ou Fukushima, ou des effets délétères des pesticides et des polluants chimiques, ces risques se déploient à des échelles inédites et font l'objet d'une attention accrue de la part d'un ensemble d'acteurs.Rédigé par un collectif de chercheurs en sciences humaines et sociales (sociologie, science politique, anthropologie, sociologie et histoire des sciences), ce recueil d'articles propose une histoire politique et transnationale de la mondialisation des risques sanitaires et environnementaux, en explorant un ensemble de situations et de dynamiques scientifiques, institutionnelles, sociales et politiques. Attentif aux tensions et aux asymétries de pouvoir ainsi qu'à la temporalité et à la spatialisation, il montre que cette mondialisation résulte d'un fort investissement politique et soulève des questions fondamentales liées aux modes de gouvernement des sociétés contemporaines.

Henry E. (2015), L'importation des valeurs limites d'exposition professionnelle en France : convergence transnationale ou redéfinition du rôle de l'État et des modes d'intervention publique ?, in Boudia Soraya et Henry Emmanuel . (dir.), La mondialisation des risques. Une histoire politique et transnationale des risques sanitaires et environnementaux, Presses universitaires de Rennes, p. 181-196

Les valeurs limites d'exposition professionnelle (VLEP) sont des valeurs réglementaires qui indiquent, pour certains toxiques, des niveaux d'exposition au-dessus desquels les travailleurs ne doivent pas être exposés. Alors que ces valeurs ont été utilisées comme instrument important des politiques de régulation dans de nombreux pays industrialisés à partir du début du XXe siècle, la France a été plus réticente à mobiliser cet outil et ne l'a fait que très progressivement à partir des années 1980.

Hauray B., Henry E., Dalgalarrondo S. (2015), Conflit d'intérêts, in Emmanuel Henry C. (dir.), Dictionnaire critique de l'expertise. Santé, travail, environnement, Paris, Presses de Sciences Po, p. 71-79

Le conflit d'intérêts - qui vise dans son acception générale des situations dans lesquelles un acteur chargé d'émettre un jugement ou de prendre une décision dans l'intérêt d'autres personnes risque d'être indûment influencé par un intérêt second [David et Stark, 2001] - est devenu le mode privilégié de problématisation des processus d'expertise. Dans l'actualité récente, l'affaire du Mediator, avec la dénonciation des liens entre le laboratoire Servier et l'agence française chargée des médicaments, ou celle de l'épidémie de grippe H1N1, avec la mise en cause de la proximité entre les fabricants de vaccins et l'État français ou l'Organisation mondiale de la santé (OMS), en sont de bonnes illustrations. L'attention croissante portée aux liens professionnels et financiers existant entre les administrations/experts et les entités soumises à la régulation publique a permis de questionner l'indépendance des expertises et a conduit à un renforcement du contrôle public. Elle ne saurait cependant constituer une réponse d'ensemble à l'enjeu des rapports entre les intérêts privés et la défense de l'intérêt public.

Gilbert C., Henry E. (2015), Crise, in Emmanuel Henry C. (dir.), Dictionnaire critique de l'expertise. Santé, travail, environnement, Paris, Presses de Sciences Po, p. 98-106

Dans le domaine de la santé publique, les crises sont souvent associées à des défaillances des gouvernements, et plus particulièrement, des experts, dans leur rôle de production de connaisances et d'avis ayant pu orienter la décision. La réponse apportée aux crises sanitaires ayant marqué les années 1990 en France (sang contaminé, hormones de croissances, encéphalopathie spongiforme bovine ou « vache folle », amiante, etc.) a d'ailleurs principalement consisté en une réforme de l'expertise scientifique. La loi de 1998 qui en réorganise les conditions dans le domaine de la santé publique en créant des agences indépendants dans différents secteurs avait comme principale ambition de mettre fin aux remises en cause régulières de l'expertise. Mais le lien ainsi établi entre crises et défaillance ne permet pas à lui seul de rendre compte des diverses dimensions du phénomène de crise.

Gilbert C., Henry E., Jouzel J-N. (2015), Introduction. L'expertise sous le regard des sciences sociales, in Emmanuel Henry C. (dir.), Dictionnaire critique de l'expertise. Santé, travail, environnement, Paris, Presses de Sciences Po, p. 13-24

Henry E. (2015), Transparence, in Emmanuel Henry C. (dir.), Dictionnaire critique de l'expertise. Santé, travail, environnement, Paris, Presses de Sciences Po, p. 305-313

Henry E. (2015), La santé au travail : enjeu politique ou technoscientifique ?, in Annie Thébaud-Mony P. (dir.), Les risques du travail. Pour ne pas perdre sa vie à la gagner, Paris, La Découverte, p. 431-438

Depuis les années 1990, les conditions de travail se sont peu à peu imposées dans le débat social. Néanmoins, la situation reste critique. Les risques traditionnels n'ont pas disparu : les manutentions lourdes, l'exposition professionnelle aux cancérogènes, au bruit ou aux vibrations demeurent répandues... De plus, certaines « améliorations » n'ont fait que déplacer et dissimuler les problèmes, telle l'externalisation des risques grâce à la sous-traitance. Dans le même temps, les transformations du travail et des modalités de gestion de la main-d'oeuvre ont fragilisé les collectifs et accru l'isolement des salariés, conduisant à une montée visible de la souffrance psychique. Face à ces évolutions, il est plus que jamais nécessaire que tous les acteurs concernés, en particulier les salariés eux-mêmes et leurs représentants, s'approprient les connaissances indispensables pour améliorer la protection de la santé sur les lieux du travail. Tel est le but de ce livre, qui renouvelle intégralement sa première édition de 1985, laquelle avait fait date. Trente ans après, cette refonte s'imposait : cet ouvrage présente de manière accessible à un large public les connaissances les plus récentes sur les risques du travail, dans tous les secteurs. Mobilisant une équipe internationale de spécialistes et prenant en compte des expériences conduites dans de nombreux pays, il constitue à la fois une référence incontournable pour réfléchir à l'avenir de la prévention et un outil pratique proposant des pistes d'action. Reprendre la main sur son propre travail, c'est aussi commencerà reprendre la main sur le monde.

Gilbert C., Henry E. (2014), Experts and Expertise, in William C. Cockerham R. (eds), The Wiley-Blackwell Encyclopedia of Health, Illness, Behavior, and Society, Chichester, Wiley-Blackwell, p. 531–534

Expertise - and scientific expertise more specifically - is seen as crucial to public health decision-making. The idea that, in order to deal with increasingly complex problems in this regard, decision-makers must rely on experts and the knowledge they mobilize is no longer questioned. Yet the articulation of expertise and public decision-making is not self-evident. Both expertise and the place experts should have in decision-making processes are a core issue in many debates.

Henry E., Gilbert C. (2014), Public Health, in William C. Cockerham R. (dir.), The Wiley-Blackwell Encyclopedia of Health, Illness, Behavior, and Society, Chichester, Wiley-Blackwell, p. 1927–1933

The notion of public health differs from that of health per se insofar as it concerns not individuals but groups and populations. Thus, with the notion of public health, the main concern is the health of a collective of any nature. The focus is on the way in which groups exposed to health risks are identified, distinguished, and controlled, and more generally on the way in which societies are governed today. As Michel Foucault showed, we tend to think of government less as a direct relationship between a sovereign and individuals/subjects, than as the way of controlling and framing the relatively autonomous lives of a population; in other words, as a biopolitics.

Henry E. (2013), 'License to Expose?' Occupational Exposure Limits, Scientific Expertise and State in Contemporary France, in Boudia Soraya et Jas Nathalie . (eds), Toxicants, Health and Regulation since 1945, Pickering & Chatto, p. 89-102

Henry E. (2011), A New Environmental Turn. How the Environment has Come to the Rescue of Occupational Health: Asbestos in France, 1970-1995, in Sellers C., Melling J. (eds), Dangerous Trade: Histories of Industrial Hazard Across A Globalizing World, Philadelphia, Temple University Press, p. 140-152

Henry E. (2009), Construction des problèmes publics, in Filleule Olivier L. (dir.), Dictionnaire des mouvements sociaux, Paris, Presses de Sciences Po, p. 146-154

Galland J-P., Gilbert C., Henry E., Linhardt D. (2006), La sécurité routière : une vision restrictive, un système sans pilote ?, in Programme de recherche et de développement dans les transports terrestres (2002-2007) . (dir.), Recherche et sécurité routière : pour une action publique renouvelée, MSH-Alpes, p. 15-30

La notion de sécurité routière s'impose aujourd'hui comme allant de soi. Elle apparaît comme une des politiques qui, dans le champ général de la prévention des risques, vise à réduire les effets négatifs associés aux déplacements sur route et, plus particulièrement, ceux associés à la pratique automobile. L'existence d'une politique publique et d'un engagement de l'État est attestée de plusieurs manières : par les campagnes de prévention, telles qu'elles sont diversement médiatisées ; par les interventions de responsables politiques et administratifs dans l'espace public ; par les diverses actions visant à prévenir les risques et, surtout, réprimer ce qui peut les aggraver ; par les multiples mesures législatives et réglementaires prises au cours des dernières décennies, et par l'existence d'institutions dédiées (Délégation, Observatoire, Conseil, etc.).Cette politique, confortée par certaines recherches et expertises, trouve par ailleurs un écho et est parfois relayée par un ensemble d'acteurs - les mouvements associatifs, les élus locaux, les constructeurs automobiles et les assureurs, les syndicats et les organisations professionnelles - ainsi que par une partie des médias sensibilisés par les drames de la sécurité routière, surtout lorsque ceux-ci ont un caractère exceptionnel.L'existence de cette politique apparaît d'autant plus évidente que des mesures concrètes sont associées à des résultats incontestables, comme la diminution ininterrompue du nombre de tués sur les routes depuis le début des années soixante-dix. Cette diminution, particulièrement rapide au cours de ces dernières années est attribuée, pour l'essentiel, à un fort engagement de l'État à ses plus hauts niveaux de responsabilité, ainsi qu'à une mise en oeuvre rigoureuse des politiques, notamment en termes de répression.Au vu de ce constat, on peut douter de l'intérêt d'une interrogation et même de celui d'un travail de recherche supplémentaire à propos d'une politique qu'il suffirait en fait d'appliquer, avec toute la rigueur possible, pour aboutir à des résultats tangibles. Les réflexions conduites dans le cadre du GO3 du PREDIT aboutissent à des conclusions différentes.

Communications

Henry E. (2016), Scientific Expertise and Occupational Health: How to Make Things Work?, Annual Meeting of the Society for Social Studies of Science (4S), Barcelone, Spain

Henry E. (2013), Gouverner les expositions professionnelles par les valeurs limites : un choix structurellement favorable aux industriels ?, XIIème Congrès de l'Association Française de Science Politique, Paris, France

Les valeurs limites d'exposition professionnelle (VLEP) définissent des niveaux réglementaires d'exposition à des toxiques au dessus desquels les travailleurs ne doivent pas être exposés. De nombreux travaux ont mis en évidence le poids des intérêts industriels dans l'élaboration de la principale liste de valeurs limites utilisées à l'échelle internationale, celle de l'American Conference of Governmental Industrial Hygienists. En France, plusieurs commission ont été mises en place depuis les années 1980 pour élaborer des valeurs limites nationales. A partir de l'analyse du fonctionnement de ces différents groupes et de certains dossiers (silice, amiante, fibres minérales artificielles), cette communication analyse l'influence des industriels dans la production de ces valeurs et leur mise en oeuvre. L'objectif est de montrer que leur poids est principalement dû à des facteurs structurels, notamment : les inégalités de ressources scientifiques et d'expertise entre les organisations d'employeurs et les organisations syndicales ou les représentants de l'Etat ; les contradictions entre les logiques de la recherche scientifique l'établissement d'une réglementation favorable aux intérêts de santé publique ; la transnationalisation des espaces scientifiques et d'expertise, etc. Dans une perspective de sociologie des sciences, l'objectif est donc de s'interroger sur les effets de la construction technoscientifique de ces valeurs sur les rapports de force entre les intérêts industriels et ceux d'autres parties prenantes.

Occupational Exposure Limits (OEL) define the maximum levels at which labour regulations allow workers to be exposed to certain toxins. Many studies have shown the weight that industrial interests have played in drawing up the main list of exposure limits currently used throughout the world: that of the American Conference of Governmental Industrial Hygienists. In France, several commissions have been set up since the 1980s to determine national exposure limits. Based on an analysis of the functioning of these different groups and of certain issues (silica, asbestos, artificial mineral fibres), this paper analyses the influence of industrial firms in the setting and application of these limits. The aim is to show that their weight is primarily due to structural factors, especially the following: the inequalities of the scientific resources and expertise in the hands of employers' organizations and trade unions or state representatives; the contradictions between the logic of scientific research and that of the making of regulations favourable to public health interests; the trans-nationalization of scientific spheres of expertise, and so on. From a sociology of science perspective, we therefore examine the effects of the techno-scientific construction of these values on the balance of power between the interests of industry and those of the other stakeholders.

Henry E., Pierru F. (2007), Des social problems à l'agenda building : quelles ressources théoriques mobiliser ?, IXème Congrès de l'Association Française de Science Politique, Toulouse, FRANCE

Dans une optique d'introduction à l'atelier, cette communication entend dresser un rapide panorama des ressources théoriques mobilisables pour analyser les processus de définition des problèmes publics. Deux principales traditions de recherches sont présentées : l'étude des social problems et les travaux sur l'agenda building. La première qui constitue un courant de recherche sociologique important outre-Atlantique a formulé un certain nombre d'hypothèses sur les processus de publicisation des problèmes et sur les formes qu'ils tendent à revêtir une fois mis en circulation dans certains espaces. La seconde, issue plus spécifiquement de la science politique, s'intéresse à la façon dont les problèmes deviennent des problèmes publics dans le sens où ils sont l'objet d'une prise en charge de la part d'un acteur public. Elle renvoie donc à une interrogation sur ce que les institutions font aux problèmes et sur les conséquences d'une certaine formulation d'un problème sur le processus de son traitement institutionnel. Malgré leurs limites respectives et les difficultés à faire dialoguer ces deux traditions de recherche, il nous semble que c'est à partir de ces recherches que nos interrogations peuvent se déployer.

As an introduction to the workshop, this communication intends to draw up a brief panorama of the theoretical resources we can mobilize to analyze the processes of public issues definition. Two principal traditions of research are presented: the studies of social problems and agenda-setting theories. The first one formulated hypothesis on the processes of issue definition in public spaces. The second one, closer to political science, is interested in the way in which issues become policy problems. It thus lead to an interrogation on how institutions deal with problems and on the way issues definition processes can shape the institutional management of the problem. In spite of their respective limits and the difficulties in putting together these two traditions of research, it seems that we have to start from these analysis to develop our owns.

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